« Vous savez comment un canard peut entrer dans une bouteille ? » La curieuse question est formulée par Sylvie, romancière recluse interprétée par Isabelle Huppert, qui discute nerveusement avec son voisin (Vincent Cassel), un ingénieur du son inquisiteur installé dans un studio en face de chez elle. « L’imagination », répond-elle, sibylline. « Un canard, ça existe. Une bouteille, ça existe. Mais un canard ne peut entrer dans une bouteille… C’est ça, l’imagination. »Cette parabole, énoncée avec le ton péremptoire caractéristique de l’inimitable actrice française, s’impose comme la clé de lecture d’Histoires parallèles, l’une des œuvres les plus attendues du Festival de Cannes, présentée jeudi soir au Grand Théâtre Lumière.Ce premier film tourné en France par le maître iranien Asghar Farhadi (Une séparation, Le client) tisse un chassé-croisé vertigineux combinant voyeurisme, infidélités, faux-semblants et processus créatif, le tout agrémenté de deux Virginie Efira pour le prix d’une. Cette dernière apparaît d’abord sous les traits d’« Anna », femme fatale désinvolte qui travaille comme bruiteuse, métier artisanal de l’ombre consistant à fabriquer des illusions sonores en concordance avec les images déployées à l’écran. Dans l’une des vignettes les plus savoureuses du film, on la voit munie de fines baguettes en bois, frottant les feuilles d’une tige de céleri, afin de simuler les battements d’ailes d’un papillon pour les besoins d’un documentaire animalier.
«Histoires parallèles» et «Fatherland»: flouter les frontières
Asghar Farhadi et Pawel Pawlikowski ont tous deux exploré jeudi les limites que l’humanité se trace.










