Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement M Campus M Campus Premiers tafs Premiers tafs Premiers tafs Les jeunes actifs se sentent de plus en plus contraints d’adopter un « masque » pour se fondre dans le moule organisationnel. De l’audit à l’hôtellerie, cette théâtralité, parfois perçue comme un levier de carrière, dissimule une souffrance silencieuse : celle de se perdre soi-même en jouant un personnage imposé. Article réservé aux abonnés Comment ressembler au parfait jeune auditeur ? Quel costume porter, quel texte réciter pour être crédible ? Benjamin, 29 ans (tous les jeunes interrogés ont préféré rester anonymes), a rapidement compris la psychologie du personnage qu’il devait jouer au travail. Quand on est junior dans l’un des plus gros cabinets d’audit européens, une règle implicite prévaut : on ne quitte pas les locaux de la tour ou le bureau du client tant que le « senior » n’a pas donné le signal de départ. Il faut avoir l’air submergé de travail, montrer une certaine déférence envers la hiérarchie, et surtout ne jamais déranger pour des questions futiles. « J’ai volontairement mis de côté une partie de ma personnalité parce que c’est ce qu’on attendait de moi », explique Benjamin, qui se plie à ces codes implicites dans l’espoir de réussir sa période d’essai et de décrocher son premier CDI. Petit à petit, il revêt le costume du « jeune soumis et avide d’apprendre ». Pour ne pas déplaire à sa hiérarchie, il ne refuse aucune mission, laisse passer toutes les remarques déplacées sans réagir. Une fois entré dans son rôle – valorisé par l’organisation et ses manageurs –, le jeune diplômé s’y sent piégé : « Le plus difficile n’était pas la charge de travail, mais le sentiment de me trahir. Je me reprochais de ne pas tenir tête aux personnes qui me parlaient mal et d’accepter des situations que je n’aurais jamais tolérées ailleurs. » Il vous reste 81.17% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.