Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Agriculture & Alimentation Agriculture & Alimentation Agriculture & Alimentation Tribune Kilien Stengel Enseignant chercheur Sommes-nous vraiment libres de choisir ce que nous mangeons ? Si notre alimentation reste individuelle dans son expression, elle est profondément collective dans sa construction, explique Kilien Stengel, enseignant chercheur à l’université de Tours, dans une tribune au « Monde ». Publié le 05 septembre 2026 à 17h00 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés Nous parlons beaucoup, aujourd’hui, de nos choix alimentaires avec culpabilité. Nous devrions manger moins de viande, davantage de produits végétaux, privilégier le local, consommer moins de produits transformés, limiter le sucre, le sel et les matières grasses, éviter le gaspillage, manger plus durablement. A chaque problème alimentaire semble correspondre une nouvelle recommandation. Mais derrière ces recommandations se trouve une évidence rarement interrogée : nous serions libres de choisir ce que nous mangeons. Cette liberté mérite pourtant d’être questionnée. Car que signifie réellement « choisir » son alimentation ? Choisit-on quand on reproduit des habitudes acquises depuis l’enfance ? Quand le prix détermine ce que l’on peut se permettre ? Quand notre temps disponible nous conduit vers les aliments les plus rapides à préparer ? Quand la publicité, les réseaux sociaux, les normes sociales ou notre entourage orientent nos préférences ? Nous avons tendance à considérer l’alimentation comme une succession de décisions individuelles. Je mange ceci plutôt que cela. J’achète ce produit plutôt qu’un autre. Je fais attention ou je ne fais pas attention. Ainsi, si chacun est libre de choisir, chacun serait également responsable de ses choix. Toutefois, si notre alimentation reste individuelle dans son expression, elle est profondément collective dans sa construction. Nous mangeons ce que nous avons appris à aimer, ce que notre famille nous a transmis, ce que notre culture définit comme bon ou comestible. Nous mangeons selon nos moyens, notre temps, l’offre commerciale, notre organisation, notre territoire et les produits qui y sont proposés. Depuis toujours, le mangeur développe sans cesse ses connaissances sur l’alimentation. Il sait davantage ce qui compose l’assiette, il connaît mieux les effets sur la santé, il dispose d’informations nutritionnelles. Pourtant, savoir ne signifie pas nécessairement changer. Connaître les recommandations ne suffit pas à les appliquer. Savoir qu’un produit est trop sucré ne signifie pas cesser de l’aimer. Savoir qu’un suremballage est incompatible avec l’environnement ne suffit pas à l’effacer. Connaître les conséquences d’un comportement ne conduit pas automatiquement à le modifier. Car manger n’est pas seulement un acte biologique. Manger est un acte culturel, social, affectif et symbolique. Nous mangeons des habitudes, des souvenirs, des appartenances, des représentations et parfois même des contradictions. Il vous reste 59.64% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.