Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Intelligence artificielle Intelligence artificielle Intelligence artificielle Tribune Antonin Broi Philosophe Thibaut Giraud Philosophe La vitesse à laquelle progressent les capacités de l’intelligence artificielle annonce un bouleversement dans tous les champs du travail intellectuel, estiment, dans une tribune au « Monde », les philosophes Antonin Broi et Thibaut Giraud, alias Monsieur Phi. Publié aujourd’hui à 14h00 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés Lundi 10 août, la revue Philosophy & Public Affairs, l’une des plus prestigieuses qui soient en matière de philosophie morale et politique, publiait un article défendant un argument inédit contre l’épistocratie, ce régime où le pouvoir reviendrait aux plus compétents. Cette nouvelle n’aurait dû intéresser que quelques spécialistes, la philosophie académique internationale publiant des milliers d’articles chaque année. Sauf que l’essentiel de ce texte a été pensé et rédigé par une intelligence artificielle (IA). L’auteur signataire, Simon Goldstein, professeur à l’université de Hongkong [Chine], ne s’en cache pas : il a fourni la thèse principale, développé une partie des arguments, corrigé des erreurs et validé les versions successives. En résumé, ainsi qu’il l’affirme lui-même, il s’est comporté comme un « directeur de thèse très généreux » envers Claude Opus 4.7 et Fable 5, les modèles d’Anthropic, qui se sont occupés du reste. La contribution de ces grands modèles de langage (LLM, pour « large language model ») n’apparaît pourtant que dans les remerciements à la fin du texte, la revue interdisant qu’une IA puisse avoir le statut d’auteur. Pour qui suit les progrès récents des LLM, l’événement n’a rien de stupéfiant. Beaucoup de chercheurs, y compris en philosophie, leur confient des opérations de plus en plus variées. La parution de cet article marque toutefois un basculement, largement commenté au sein du monde académique : l’IA ne représente plus seulement un outil d’appoint, elle est devenue le principal rédacteur d’un travail de recherche que l’institution académique a jugé digne de l’une de ses revues les plus sélectives. Certes, M. Goldstein est resté aux commandes, mais l’IA se taille une part toujours plus grande dans le partage des tâches. Risque d’engorgement On ne peut plus balayer ces progrès d’un revers de la main. Loin d’un emballement médiatique orchestré par les grandes entreprises américaines, ils annoncent des bouleversements majeurs. Les mathématiques semblent avoir atteint un tournant, après quelques années de progression à une vitesse stupéfiante. En 2023, les meilleurs modèles se trompaient encore couramment sur des problèmes qu’un élève d’école primaire peut résoudre. En 2025, ils remportaient l’or aux Olympiades internationales de mathématiques, égalant le niveau des meilleurs étudiants de licence. En 2026, des dizaines d’avancées mathématiques majeures sur des problèmes de recherche ouverts prestigieux ont été obtenues grâce à des modèles d’OpenAI et d’Anthropic. Il vous reste 61.06% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
« Il devient urgent de réfléchir à ce que l’IA fait à la recherche académique »
TRIBUNE. La vitesse à laquelle progressent les capacités de l’intelligence artificielle annonce un bouleversement dans tous les champs du travail intellectuel, estiment, dans une tribune au « Monde », les philosophes Antonin Broi et Thibaut Giraud, alias Monsieur Phi.






