De la forêt de Montmorency, où Jean-Jacques Rousseau aimait à se promener, aux vignes de Taverny, qui fête chaque année les vendanges, le Val-d’Oise ne manque pas de charme. Balade à l’ombre des châtaigniers, parmi les étangs puis les cépages… Le château de la Chasse, à Montmorency, remonte au XIIe siècle. Jadis lieu de garnison, il abrite aujourd’hui des bureaux de l’Office national des forêts. Photo Léa Crespi pour Télérama Paris Par Jean-Baptiste Duchenne Publié le 29 août 2026 à 08h30 Toute honte bue, j’ai longtemps associé la ville de Groslay, à 15 kilomètres au nord de Paris, à son seul Salon des vignerons, dont la 35e édition se tiendra les 20 et 21 mars prochains. Mais ce matin d’été, pas question de remplir de bouteilles le coffre de la voiture, je resserre mes lacets et me lance dans la douzième étape de notre traversée de l’Île-de-France. Son parcours se déroulera presque intégralement sous les frondaisons de la forêt de Montmorency, vaste rectangle d’environ 12 kilomètres sur 4. Après une petite heure de marche, les premiers arbres, en grande majorité des châtaigniers, me tendent leurs ramures. Jusqu’à la disparition des vignes d’Île-de-France, entre les années 1850 et 1950, cet arbre, en plus de procurer des fruits, servait à la confection de tuteurs et cerceaux : les premiers pour soutenir les ceps, les seconds pour fabriquer des fûts. Las, ce manque de diversité exposa la forêt à l’encre du châtaignier, un parasite vorace. Au cours de ma randonnée, j’aurai d’ailleurs la surprise de croiser des agents de l’ONF (Office national des forêts) en train de piloter un drone destiné à observer l’avancement des plantations de remplacement, pour l’essentiel des chênes sessiles et des alisiers, davantage adaptés au réchauffement climatique. Un bunker pour le président de la République Quelques kilomètres plus loin, aux abords du château de la Chasse, pavillon fortifié du XIIe siècle, les promeneurs se font plus nombreux. Lieu de garnison au Moyen Âge, la demeure était également appréciée des chasseurs de la cour du roi Jean le Bon (1319-1364), l’un des plus illustres vaincus de la guerre de Cent Ans (fait prisonnier à la bataille de Poitiers, il mourut à Londres, à l’hôtel de Savoie). Puis, les siècles défilant, la bâtisse au milieu des étangs devint un lieu de promenade pour l’un des meilleurs marcheurs des lettres françaises : Jean-Jacques Rousseau, qui y venait en voisin (le philosophe habita six ans à Montmorency), avant de fuir la police de Louis XV, direction la Suisse. De nos jours, la maison accueille des bureaux de l’ONF. Je les laisse derrière moi et pénètre dans un sentier qui monte. Après plusieurs kilomètres, la « route tournante du bois du Roi » vire plein sud devant la clairière dite du « camp de César », dont l’accès est barré par des barbelés. Et pour cause, le périmètre abrite l’un des deux postes de commandement de la « dissuasion nucléaire française ». Créé à l’initiative du général de Gaulle dans la petite ville de Taverny, le PC dispose d’un bunker pouvant accueillir le président de la République en cas de crise internationale. À lire aussi : Quel est le pouvoir de la marche sur la pensée ? Quittant la forêt, je devine à présent les formes élancées de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption. L’édifice connut des heures sombres, notamment durant les guerres de Religion — d’ailleurs, le connétable Anne de Montmorency, l’un des mécènes du monument, perdit la vie lors de la bataille de Saint-Denis (1567). Mais avant, il régala les paroissiens d’un imposant retable encore visible dans cette église, peut-être la plus belle de cette traversée d’Île-de-France ! Pour clore la balade, je renoue avec l’esprit du vin, évoqué en préambule. M’écartant légèrement du tracé de la Ceinture verte, je rejoins le centre de Taverny par les sentes des Goberges et des Tartarons, le long desquelles prospèrent des cépages de sauvignon, pinot noir et chardonnay. Une fête des vendanges y a lieu tous les ans fin septembre pour les Journées du patrimoine. On y trinquera ! Le musée Jean-Jacques-Rousseau est aménagé dans la seconde demeure qu’occupa le philosophe à Montmorency. Dans le jardin, une œuvre de Marie Busson, à qui est consacrée une exposition jusqu’au 25 octobre. Photo Léa Crespi pour Télérama Paris Vigne communale à Taverny. Photo Léa Crespi pour Télérama Paris La gare de Taverny, terminus de notre balade. Photo Léa Crespi pour Télérama Paris Avant de partirConsulter cette présentation du GR de pays de la Ceinture verte.Y allerDépart de la rando : gare de Groslay (95), ligne H. Arrivée : gare de Taverny (95), ligne H. 19,5 km, 5h.VisiterLe musée Jean-Jacques-Rousseau et son jardin occupent l’un des derniers domiciles du philosophe avant sa fuite vers la Suisse. 5, rue Jean-Jacques-Rousseau, 95 Montmorency. Du mardi au dimanche 14h-18h. 0-5,50 €. Jusqu’au 25 octobre, exposition de la sculptrice Marie Busson, « Jean-Jacques en son cœur ».MangerLa boulangerie Maison Bourg sert un croque-monsieur de première classe (4,50 €), que l’on dégustera dans le jardin de la mairie, juste à côté. 225, rue de Paris, 95 Taverny. Tous les jours sauf mercredi, 6h15-20h. Retrouvez toutes les étapes de la Ceinture verte d’Île-de-France à pied ici. Restos & Loisirs Paris Ile-de-France Balades Nature Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
La Ceinture verte d’Île-de-France à pied : douzième étape, de Groslay à Taverny
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