Les sparages de Donald Trump ont marqué le lancement de la campagne électorale au Québec cette semaine. Les cinq chefs de parti ont cherché à se définir comme le plus solide bouclier contre l’imprévisible occupant de la Maison-Blanche. Le nouvel assaut économique de Trump contre le Canada a aussi dominé les discussions de notre Club des électeurs, vendredi.La première ministre sortante, Christine Fréchette, est sortie gagnante de cette bataille des perceptions. Mais elle devra faire oublier le bilan des huit années au pouvoir de la Coalition avenir Québec (CAQ), croient nos panélistes.« Christine Fréchette m’impressionne », lance Mahjoub El Hamakani, le plus souverainiste de notre Club des électeurs (il a voté « oui » en 1980 et en 1995). Ce grand-père de 74 ans est un péquiste déçu ; la guerre commerciale entre le Canada et nos voisins du Sud l’a conforté dans son rejet du Parti québécois.« Le Québec est mûr pour avoir une femme première ministre, dit-il. Elle apparaît combative et sûre d’elle. Je suis d’accord avec ce qu’elle a dit : “Pendant la tempête, il faut tenir la barre et avancer.” »Christine Fréchette a réussi à imposer l’image d’une cheffe d’État, estime Alicia Despins, ex-élue municipale de Québec qui effectue des études en administration publique. Elle attribue la remontée de la CAQ dans les intentions de vote à l’impression « de stabilité et de confiance » dégagée par l’ex-ministre du gouvernement Legault.Les images récentes de la première ministre du Québec côte à côte avec son homologue fédéral, Mark Carney — toujours perçu comme le capitaine qui saura naviguer dans la tempête —, ont sans doute aidé Mme Fréchette, note Louis-Philippe Durbet, étudiant en droit. Il rappelle toutefois que le lourd bilan de la CAQ représente un handicap.Disparue, la CAQ ?La cheffe caquiste peut-elle incarner le changement malgré les années tumultueuses de son parti ? Mahjoub El Hamakani, en tout cas, tourne le dos au PQ, mais il ne deviendra « sûrement pas caquiste ». « Le parti de Christine Fréchette n’est plus la CAQ », assure-t-il.« Y a-t-il toujours une CAQ ? Le logo du parti n’est plus sur les pancartes », renchérit avec ironie Marjolaine Cloutier, conseillère stratégique dans le domaine communautaire. Cette ancienne partisane caquiste, qui a même été attachée politique durant le premier mandat de Legault, déplore le « bilan catastrophique » de la formation.Lylliane Le Quellec, ingénieure à la retraite, se montre aussi extrêmement critique à l’égard de l’ancien parti de François Legault. « Mme Fréchette a réussi à remaquiller la CAQ, mais il ne suffit pas d’avoir un nouveau visage pour que ça marche. Le parti n’est pas une option à mes yeux. Tous les enjeux dont elle parle, le gouvernement a eu des années pour les régler, mais il n’a rien fait. »Jocelyn Brousseau, travailleur humanitaire de retour au Québec, a hâte que la campagne électorale prenne son envol, pour que les chefs parlent des dossiers les plus urgents. Il évoque le choc démographique qui guette un Québec à la population vieillissante. Et le déficit colossal d’entretien des infrastructures — écoles, hôpitaux, ponts, chaussées, canalisations souterraines, etc. —, qui s’élève à 100 milliards de dollars. Rien que ça.