Le secrétaire au Commerce des États-Unis, Howard Lutnick, s’est invité dans la campagne électorale québécoise dans une relative indifférence.L’ancien loup de Wall Street a accusé carrément le premier ministre Mark Carney d’avoir monté « de toutes pièces » l’histoire selon laquelle le gouvernement Trump exigeait « des compromis sur notre souveraineté […], la protection de la langue française et […] notre culture » lors des négociations tarifaires, et de l’avoir fait afin de couper l’herbe sous le pied du chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon. « Le parti souverainiste tente de remporter les élections et il est en tête au Québec. Et donc, c’est Mark Carney qui a fabriqué cette histoire pour tenter de l’empêcher de gagner », a-t-il dit sans aucune gêne.La cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ), Christine Fréchette, n’a pas jugé bon de dénoncer publiquement l’ingérence du gouvernement Trump dans la vie politique québécoise. Par ailleurs, elle a dit ne pas croire deux secondes le scénario présenté par Howard Lutnick.Les mesures de protection de la langue française adoptées par l’Assemblée nationale, y compris la Loi sur la découvrabilité des contenus culturels francophones dans l’environnement numérique, figurent dans le dernier rapport sur les barrières commerciales étrangères du représentant au Commerce, Jamieson Greer, rappelle un membre de son équipe.La levée de ces irritants n’était toutefois pas une condition sine qua non à la conclusion d’une entente tarifaire Canada–États-Unis, répète de son côté Jamieson Greer, en anglais et en français, depuis près d’une semaine.Mark Carney aurait-il pu gonfler, pour des fins politiques, l’importance des différends sur la langue française entre Ottawa et Washington dans l’échec des négociations ?« Si cela devait s’avérer […], ce serait très grave, parce que cela voudrait dire que le gouvernement du Canada et Mark Carney ont affirmé des choses qui ne sont pas vraies », a fait valoir Paul St-Pierre Plamondon.Dans cette ère de fédéralisme coopératif, Christine Fréchette n’a pas raison de douter de la version du premier ministre Carney. Elle doit cependant croire sur parole son homologue fédéral, puisque l’émissaire du Québec, Louise Blais, ne pouvait s’asseoir autour de la table de négociation. Elle était notamment « briefée » par la négociatrice commerciale en chef du Canada auprès des États-Unis, Janice Charette.Le gouvernement Trump alimentera-t-il la bisbille d’ici au scrutin du lundi 5 octobre prochain à coups de déclarations chocs ou de contre-contre-tarifs ?Le favori des sondages des derniers mois, Paul St-Pierre Plamondon, a appelé la population québécoise à ne pas laisser « Donald Trump confisquer notre élection »… quelques jours après avoir annoncé que la tenue du référendum sur l’indépendance du Québec qu’il promet se ferait après le départ du président MAGA (Make America Great Again).Christine Fréchette a, elle, promis de ne pas faire campagne dans l’ombre du président Donald Trump. « On va parler également de santé, on va parler d’éducation, on va parler d’environnement. On va ratisser très large », a-t-elle mentionné après avoir promis d’élargir la portée du Régime québécois d’assurance parentale et avant de promettre des crédits d’impôt à la construction de maisons intergénérationnelles. « Bien sûr, en toile de fond, il y a l’économie. C’est sûr qu’on est dans un contexte complètement modifié […] On va être au rendez-vous pour appuyer et épauler les travailleurs et les entreprises », a-t-elle poursuivi.Cela dit, la cheffe caquiste est prête à suspendre sa campagne et à « revêtir si jamais il y a une urgence [ses] habits de premier ministre », à tout le moins quelques heures. « Mon ambition, c’est de faire campagne […] jusqu’au 5 octobre. […] Maintenant, je ne peux pas prédire l’avenir », a-t-elle dit à l’approche de l’entrée en vigueur de contre-tarifs canadiens de 15 % à 50 % sur environ 700 produits en provenance des États-Unis.L’approche Fréchette semble plaire à de plus en plus d’électeurs pris en plein « brouillard » dans les relations Canada–États-Unis. En tout cas, la CAQ a accompli ce qui apparaissait impossible il y a quelques semaines à peine, soit de rattraper le Parti québécois dans les intentions de vote, selon un sondage Synopsis-La Presse publié vendredi.Chose certaine, Donald Trump n’a pas entamé la confiance entre les premiers ministres Christine Fréchette et Mark Carney.À l’occasion du lancement de la campagne de la CAQ, Christine Fréchette a résumé sa politique de relations canadiennes simplement : « ni pour Ottawa, ni contre Ottawa, mais pour [le] Québec ».Mais que veut la politicienne autonomiste de la part d’Ottawa, après que le gouvernement Carney a rendu possibles, dans les 10 jours précédant le lancement de la campagne électorale, la conclusion d’une entente d’approvisionnement à faible coût en électricité du Labrador entre Québec et Terre-Neuve-et-Labrador et la construction de six brise-glace au chantier Davie, à Lévis ? Pour commencer, « un gouvernement qui investit dans l’économie québécoise », a-t-elle mentionné.Mark Carney semble, lui, être disposé à poursuivre l’ère de « partenariat » et de « collaboration » entre français et anglais inaugurée, selon lui, sur les plaines d’Abraham, lors de la Conquête de 1759.
Une campagne avec Donald Trump
Le gouvernement Trump alimentera-t-il la bisbille à coups de déclarations chocs ou de contre-contre-tarifs?














