Monde AmériquesLes États-Unis à l'ère TrumpEconomie. Malgré des pourparlers, les deux voisins nord-américains n’ont pas réussi à trouver d’accords convenables pour améliorer leurs échanges commerciaux.Par Juliette GarnierPublié le 25/08/2026 à 19:20Le premier Ministre canadien, Mark Carney, le lendemain de l'échec des pourparlers économiques avec les Etats-Unis, le 22 août 2026, à Ottawa.REUTERSRelations glaciales et colère chaude. C’est sur son réseau social Truth Social que Donald Trump a exprimé, lundi 24 août, son courroux à l'encontre du Canada qui n'a pas plié durant leurs négociations commerciales, en fin de semaine dernière. "[Il, ndlr] ne sera plus traité comme un Etat ! Sur le commerce, et pas que, ils font partie des pires nations au monde avec qui traiter. Ils ont le droit, et pourtant, NOUS N’AVONS PAS BESOIN DU CANADA, ILS ONT BESOIN DE NOUS !", a-t-il posté. Plus précisément, le président américain a annoncé qu'il appliquerait une augmentation de 50 % - contre 25 % actuellement - des droits de douane sur toutes les voitures ou pièces automobiles venues du Canada, à compter du 1er janvier 2027. À noter que les taxes sur les exportations canadiennes d’acier sont déjà établies à ce niveau, et ne devraient pas bouger. Refus canadienVendredi 21 août, Donald Trump et son homologue canadien, le Premier ministre Mark Carney, se sont entretenus pour éviter une escalade de la guerre commerciale entre leurs deux nations. Dans le détail, Donald Trump menaçait son homologue de l’application de droits de douane sur un ensemble de marchandises canadiennes d’une valeur de plus de 20 milliards de dollars (soit 17 milliards d'euros). Un moyen pour le président américain d’asseoir son autorité à l’international en vue des élections de mi-mandat en novembre prochain et de rappeler l’influence des Etats-Unis dans le commerce international depuis 1945.Vendredi, à minuit, les pourparlers sont arrivés à échéance, sans aucun accord. Le Canada a reproché à l’administration Trump d’avoir joué les gros bras en proposant le recul des droits de douane contre une restriction des accords commerciaux d’Ottawa avec d’autres puissances étrangères. Un "mauvais calcul", a commenté Mark Carney qui promet d’ores et déjà de faire correspondre les droits de douane américains "dollar pour dollar". "Vous êtes en guerre quand vous êtes attaqué, et nous avons été attaqués", a-t-il commenté. Ce mardi 25 aooût, le ministre des Finances canadien, François-Philippe Champagne, dont la prise de parole était très attendue, a précisé que la réponse serait "proportionnée, ciblée et stratégique. À compter du 8 septembre, le Canada imposera des contre-tarifs pouvant aller jusqu'à 15 %, 25 % ou 50 % sur 27,6 milliards de dollars canadiens (16 millions d'euros) d'importations en provenance des Etats-Unis d'Amérique". Le responsable politique a aussi annoncé la mise en place d'un plan d'aide économique pour les entreprises canadiennes et leurs travailleurs qui seront impactés par les droits de douane de Trump. Un montant total de 7,5 milliards de dollars canadiens (4,6 milliards d'euros) devrait être mis sur la table par Ottawa. Avec un vocabulaire plus cru, le premier ministre de l’Ontario, région voisine du Québec, a précisé que le chef de l'Etat américain pouvait "[lui] embrasser le cul". Il a même appelé le gouvernement fédéral à "tripler" les coûts d’exportation de la potasse, de l’uranium, des terres rares, du pétrole et même de l’électricité. Les retombées économiques sur le marché automobilePourtant, les deux économies voisines marchent ensemble. Le Canada est le deuxième partenaire commercial le plus important des Etats-Unis, juste après le Mexique. Les trois pays sont même parfois chacun les producteurs de pièces différentes mais qui, à la fin de la chaîne, sont toutes assemblées au Canada pour constituer une même voiture. C'est le cas pour les produits Ford, General Motors et Stellantis. La tuile pour l'administration Trump, qui précise donc qu'il ne taxera pas les pièces fabriquées au préalable aux Etats-Unis. Pourtant, les actions de l'entreprise américaine, Ford et de celle hollandaise, Stellantis, sont en baisse de 3 % à la Bourse de New York. Pour l'heure, elles n'ont pas commenté la situation. Selon les propos d'Erin Keating, analyste exécutive chez le premier fournisseur mondial dans l'industrie automobile, Cox Automotive, rapportés par le Financial Times : "l’impact des tarifs inapplicables se ferait sentir bien au-delà des usines d’assemblage canadiennes. Toute augmentation des droits de douane sur les pièces automobiles exerce directement une pression supplémentaire sur chaque propriétaire de voiture américain". Jennifer Safavian, directrice générale d’Autos Drive America, un groupe industriel représentant les constructeurs automobiles étrangers aux Etats-Unis, poursuit en précisant que l'impact négatif des droits de douane américains est "déjà ressenti. Les exportations automobiles américaines vers le Canada ont diminué de 23 % au cours de la dernière année". Au Canada, les pronostics ne sont pas bons non plus. Pour l'avocat commercial Mark Warner, basé à Toronto, cette annonce va entraîner un "gel" des investissements. Quand bien même Donald Trump ferait marche arrière.