Elle souhaitait voyager au Portugal. Quand Carmen a empoché 35 000 euros à la loterie en août 2025, cette veuve espagnole de 79 ans avait plein de projets en tête.La septuagénaire a dû mettre ce rêve entre parenthèses lorsqu’elle a appris qu’elle ne pouvait pas toucher son gain. Carmen a découvert que son défunt mari l’avait inscrite à son insu, en 2012, sur le Registre général des interdictions d’accès aux jeux de hasard. Cette liste recense les personnes s’étant elles-mêmes interdites de participer à ce type de jeux, rapporte El País le 30 juillet.Carmen a mis près d’un an à découvrir que c’était son mari qui l’y avait inscrite. Elle a saisi la justice pour tenter de faire annuler cette inscription et pouvoir ainsi réclamer ses gains.« Mon père était un mari épouvantable »La septuagénaire, qui affirme ne jamais avoir eu de problèmes d’addiction au jeu, ignorait tout de ce dispositif, créé un an plus tôt dans le cadre de la réglementation nationale sur les jeux.[2/2] Le mystère des meurtres de la RN20ÉcouterEn principe, les personnes souffrant d’addiction peuvent s’inscrire volontairement sur ce registre pour se voir interdire l’accès aux salles de jeux et aux salles de bingo, ainsi que la participation aux paris en ligne.Le refus de sa banque de lui verser son gain a été un choc pour Carmen : « Ma mère m’a appelée en larmes, elle ne comprenait pas ce qui se passait. Ni elle, ni moi, ni aucun de mes frères et sœurs ne comprenions », explique l’une des six enfants de la veuve. Aucun enfant de la famille n’était au courant des dispositions prises par leur père.Carmen jouait rarement, à la Loterie nationale pour Noël et parfois à la loterie de l’ONCE — achetant souvent le numéro gagnant, vendu au club du troisième âge de Los Alcázares (région de Murcie) qu’elle fréquentait avec ses amies, avec qui elle jouait au bingo. Ces parties pourraient, selon la benjamine de Carmen, avoir influencé la décision de son père.« Mon père était un mari épouvantable. Il avait des idées machistes et n’aimait pas que ma mère aille jouer au bingo avec ses amies au centre communautaire, car cela le laissait seul à la maison. Ils ont eu une vive dispute à ce sujet », explique la benjamine.Plusieurs erreurs dans le document transmis par le défunt mariSelon elle, son père aurait falsifié la signature de sa mère sur un burofax, un mode d’envoi officiel très utilisé en Espagne, envoyé à la Direction générale de la régulation des jeux depuis un bureau de poste.Dans ce document, qu’El País a pu consulter, la femme autorise son mari à déposer la demande en son nom en raison d’une « incapacité temporaire » à conduire ou à se déplacer. À l’époque, la situation était inversée : c’était en réalité le mari qui était malade, et Carmen — qui vivait séparée de lui — était revenue s’installer chez lui pour s’en occuper et le conduire à ses rendez-vous médicaux et examens de contrôle.De plus, le document comporte plusieurs erreurs — notamment concernant le lieu de naissance de la femme et la signature elle-même, qui ne présente « aucune ressemblance » avec celle de Carmen et comporte même une faute d’orthographe dans son nom de famille.Concernant l’ONCE, un porte-parole de l’organisme a précisé que la loi leur interdit de verser des gains aux personnes inscrites sur ce registre. « Nous serions ravis de verser également ces 35 000 euros, mais la loi nous en empêche. Si l’inscription au registre venait à être annulée officiellement ou par voie judiciaire, elle (Carmen) percevrait son gain immédiatement », a assuré l’ONCE à El País. L’affaire est actuellement portée devant la Haute Cour de justice de Madrid.