Malgré la mobilisation des artistes, associations et élus, le texte sécuritaire a été approuvé par 351 voix contre 179. Il prévoit jusqu’à deux ans de prison pour les organisateurs de free parties. Et punit également les simples participants. Manifestation contre la proposition de loi 1133 et le projet de loi Ripost, qui renforcent les sanctions pénales contre les organisateurs de free parties, à Paris, le 13 juin. Photo Valérie Dubois/Hans Lucas Par Johanna Seban avec AFP Publié le 22 juillet 2026 à 12h37 En juin, 13 300 personnes (selon la police) défilaient dans les villes françaises pour défendre les free parties menacées par le projet de loi Ripost. « Les violeurs en prison, pas les teufeurs », pouvait-on lire sur certaines pancartes brandies par les manifestants. N’en déplaise aux teufeurs, la loi, après son adoption par le Sénat en début d’après-midi, a été approuvée mardi 21 juillet à l’Assemblée nationale par 351 voix contre 179. Le Rassemblement national (RN) s’est associé aux groupes du centre et de la droite pour permettre son adoption, tandis que les députés de gauche ont voté contre. La loi Ripost (pour « réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens ») rassemble plusieurs mesures répressives : interdiction de la vente de protoxyde d’azote aux particuliers, alourdissement des peines pour les rodéos urbains sauvages… Reprenant une proposition de loi portée par la députée du Maine-et-Loire Laetitia Saint-Paul (Horizons), le texte durcit également la législation autour des free parties et des teknivals, ces fêtes gratuites organisées par des collectifs (sound systems) depuis la fin des années 1990. 30 000 euros d’amende Organiser une free party, au sens de « contribuer, de manière directe ou indirecte, à [sa] préparation, à [sa] mise en place ou à [son] déroulement », devient avec cette loi un délit punissable de deux ans de prison et 30 000 euros d’amende. Y participer aussi : les teufeurs encourent six mois de prison et 7 500 euros d’amende, avec possibilité, pour éviter les poursuites judiciaires, d’une amende forfaitaire délictuelle (AFD) de 500 euros. Le texte, enfin, abaisse à 250 participants le seuil au-dessus duquel une déclaration en préfecture est requise, contre 500 actuellement. Le 27 mars, une première tribune avait été publiée par Libération par un collectif de trente acteurs de la scène techno (Laurent Garnier, Chloé, Barbara Butch, Rebeka Warrior, Pedro Winter…) s’opposant au projet de loi. « Il ne s’agit pas d’ignorer les enjeux de sécurité, de nuisances ou de responsabilité, et ces fêtes ne demandent, certes, pas toujours les autorisations avant de s’installer, écrivaient ses signataires. Mais nous savons et vous devez comprendre que l’esprit qui les anime est d’abord un esprit de fête, d’inclusion et de partage, bien loin de la caricature défendue par cette proposition de loi. D’ailleurs, depuis plusieurs années, les organisateur·rices de ces fêtes se sont fédéré·es, organisé·es, avec des associations, des bénévoles. Des dispositifs de médiation soutenus par les pouvoirs publics ont même été mis en place. » Le 8 avril, de nouveaux acteurs, parmi lesquels l’avocate Marianne Rostan, l’ex-maire adjoint à la vie nocturne de Paris, Frédéric Hocquard, et l’association Technopol s’étaient à leur tour mobilisés contre le texte sur le site de Télérama. Ils demandaient « la reconnaissance d’une pratique culturelle trentenaire » et alertaient sur les dangers d’un renforcement de sa pénalisation. « Pousser la fête encore davantage dans la clandestinité aggrave exactement ce que l’on prétend combattre. Les associations de réduction des risques perdent l’accès au terrain. Les participants n’appellent plus les secours. Les organisateurs ne peuvent plus coopérer avec les autorités. Les risques ne disparaissent pas. Ils se cachent. » Leur voix n’a pas été entendue. À lire aussi : Répression des rave parties : “Une jeunesse qui danse n’est pas une menace, un corps qui danse n’est pas un ennemi” Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a salué un texte qui fait « le choix de l’intransigeance avec la délinquance […] sans porter atteinte aux libertés publiques et à l’État de droit ». De son côté, la députée LFI Andrée Taurinya a dénoncé des mesures inspirées du programme du Rassemblement national, « sapant l’État de droit et les libertés fondamentales », avec un seul objectif, « cibler les jeunes, les populations précaires racisées, les gens du voyage ». Musique Société Justice Libertés publiques Assemblée nationale Électro Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
Les free parties, c’est fini ? La loi Ripost, qui renforce leur pénalisation, adoptée par l’Assemblée nationale
Malgré la mobilisation des artistes, associations et élus, le texte sécuritaire a été approuvé par 351 voix contre 179. Il prévoit jusqu’à deux ans de prison pour les organisateurs de free parties. Et punit également les simples participants.













