Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Musiques Musiques Musiques Tribune Collectif Le projet de loi Ripost sur la tranquillité des citoyens devrait être définitivement adopté le 21 juillet. Un collectif de personnalités issues de la Fédération des acteurs et actrices des musiques et danses traditionnelles affirme sa solidarité avec le mouvement des free-parties, et s’inquiète d’une approche exclusivement sécuritaire des espaces festifs. Publié aujourd’hui à 19h00 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés A l’heure où notre pays traverse une crise démocratique profonde, où notre filière musicale est à bout de souffle, où les associations s’épuisent, où les festivals disparaissent, où les collectivités réduisent leurs moyens d’intervention, où les artistes peinent à vivre de leur métier, où les épisodes de chaleur extrême nous rappellent chaque jour l’urgence de prendre soin du vivant et de nos territoires, le projet de loi Ripost [qui prévoit la création de délits d’organisation et de participation à une free-party] vient ajouter un nouveau danger : réduire la fête à un problème de sécurité. Depuis des siècles, les musiques et danses traditionnelles habitent les fêtes populaires, qu’elles prennent la forme de carnavals, de veillées, de fêtes de quartier, de festivals, de bals… Les free-parties, elles aussi, participent de cette histoire contemporaine des cultures populaires. Des espaces ruraux aux villes industrielles, les musiques de fête transforment les sons et les rythmes du quotidien en mémoire dansante, portant d’une génération à l’autre la trace sensible de chaque époque. Elles inventent ainsi de nouvelles formes de rassemblement et de nouvelles manières d’habiter les territoires et de vivre ensemble. Malgré leurs différences, musiques traditionnelles et free-parties disent une même chose : le besoin des personnes de se retrouver pour vibrer, transmettre, créer, danser, chanter et célébrer ensemble. Elles contribuent toutes deux à fabriquer du lien, de la relation, de l’hospitalité, en particulier dans les espaces où les phénomènes de désertification enflamment le sentiment d’isolement. La sociologie et l’anthropologie nous l’ont bien décrit : la fête est l’espace privilégié de l’émancipation des personnes, alors dépouillées de leur cadre, scolaire, professionnel ou familial, délestées des normes qui pèsent sur leur construction sociale. Par essence, la fête autorise l’expression des altérités, et contribue à déjouer l’invisibilité systémique des minorités. Elle est le lieu de l’autonomie, le sas qui permet le passage de l’enfance à l’âge adulte. Elle est enfin l’un des derniers espaces de vie en commun qui brisent les distances sociales ou générationnelles et rebattent les cartes des appartenances. Elle est à sa manière une école du vivre-ensemble, et constitue un maillon indispensable de la fabrique du citoyen. Il vous reste 61.81% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.