Au centre jeunesse de la Mauricie–Centre-du-Québec, on n’a pas attendu la directive ministérielle de l’an dernier pour amorcer un « changement de culture » et donner un caractère « exceptionnel » aux fouilles complètes. En l’espace de quatre ans, on est passé de 823 fouilles complètes à 96, a pu constater Le Devoir. Et les résultats sont étonnants.Mathieu Bédard travaille depuis près de 30 ans en centre de réadaptation. « Est-ce qu’il y avait de l’abus ? La réponse, c’est non. Mais est-ce qu’il y avait trop de fouilles complètes ? Manifestement oui, parce qu’aujourd’hui, on est capables de travailler différemment. »« Des fouilles, il y en a toujours eu », affirme celui qui est aujourd’hui directeur adjoint à la réadaptation, à la délinquance et à l’hébergement jeunesse à la DPJ de la Mauricie–Centre-du-Québec. « La culture de la sécurité était très forte » et, il n’y a pas si longtemps, on fouillait les jeunes qui arrivaient au centre de façon « presque systématique ».« On ne savait pas d’où venait le jeune, on avait souvent peu d’informations et on disait qu’on allait abaisser le niveau de risque », explique-t-il.Puis il y a quelques années, une réflexion s’est amorcée au sein de l’équipe pour remettre en question ces vieux réflexes. « On s’est demandé si on était obligés d’aller tout de suite au plus gros niveau de fouille et si on ne pourrait pas retravailler cette dimension-là. Puis on a enlevé tout ce qui était systématique. »D’année en année, le nombre de fouilles a diminué, on en a aujourd’hui huit fois moins qu’il y a quatre ans. « Le volume de fouilles a baissé considérablement, et on est très contents de ça. Ça veut dire qu’on s’est adaptés adéquatement. » Le plus gros défi n’a pas été de revoir les protocoles, dit-il, mais de s’assurer que ceux-ci étaient bien compris et de « maintenir un sentiment de sécurité chez les intervenants malgré une diminution des fouilles ».Moins de fouilles, plus de saisies ?Le résultat de ce changement a été surprenant sur quelques plans. « C’est très paradoxal, mais on a trois fois plus de saisies pour énormément moins de fouilles », souligne, encore étonné, Mathieu Bédard. « Les gens ne s’attendaient pas à ça. »La méthode n’est pas unique, car toutes les branches de Santé Québec auxquelles Le Devoir a parlé disent d’abord expliquer au jeune qu’une remise volontaire des objets interdits peut permettre d’éviter une fouille. Mais, en Mauricie–Centre-du-Québec, elle a donné des résultats. « Les jeunes n’en veulent pas, de fouilles, ils disent : “C’est correct, vous m’avez pogné, je vous le remets” », constate M. Bédard.
Comment le centre jeunesse de la Mauricie–Centre-du-Québec a limité les fouilles complètes
Leur nombre y a diminué de façon drastique ces dernières années.







