C’était il y a plusieurs années. Mais le temps n’a rien effacé du sentiment qui habitait Cathy et Leah lorsqu’elles devaient se soumettre à des fouilles complètes. Une expérience « traumatisante » qui a marqué leur passage en centre de réadaptation.Cathy était en 6e année lorsqu’un jour, à la fin des classes, une travailleuse sociale de la DPJ est venue lui expliquer qu’elle ne retournerait pas chez elle et qu’on l’amenait plutôt dans un foyer de groupe. Des policiers n’étaient pas très loin, au cas où elle refuserait de coopérer. Dix ans plus tard, elle se souvient encore du sac rose avec le logo Nike vert fluo rempli de vêtements que son père était venu lui porter. À partir de ce moment, les placements se sont succédé. « Je dois avoir fait au moins 22 placements de 12 à 18 ans », raconte la jeune femme au sourire contagieux.Son sentiment d’abandon s’est vite transformé en rébellion, l’amenant à faire l’école buissonnière et à fuguer. Elle s’est alors retrouvée au Centre jeunesse de Laval. « Tu as vu, dehors, les barbelés ? Moi, quand j’ai vu ça, je pensais que je m’en allais en prison », raconte-t-elle.
Cheveux courts et sourire frondeur, Leah, 25 ans, confie avoir eu la même impression. Elle a été placée à l’âge de 16 ans parce qu’elle avait levé la main sur sa belle-mère. Elle s’est d’abord retrouvée dans un centre de réadaptation de Montréal, mais, comme elle fuguait sans cesse pour aller consommer au centre-ville, on l’a transférée à Laval. C’est là que les policiers l’ont amenée, dans un fourgon cellulaire.« Ils m’ont dit : “Mets-toi toute nue, mets la robe de chambre.” Ils ont passé le détecteur de métal et tout. Je capotais. J’étais comme : “Mais où est-ce que je suis rendue ?” »« Je me demandais s’ils avaient le droit de faire ça »Cathy et Leah affirment avoir refusé de se déshabiller et témoignent du sentiment d’impuissance qu’elles ont ressenti lorsqu’elles ont compris qu’elles n’auraient pas le choix de se soumettre à cet exercice humiliant.« Je ne voulais pas me déshabiller, ça faisait environ quatre heures qu’ils me faisaient attendre dans une petite chambre et je ne voulais pas », confie Leah. Elle raconte avoir d’abord dû enlever ses vêtements un par un derrière une serviette tenue par des intervenantes — qui ne regardaient pas, précise-t-elle — avant qu’on lui remette une robe de chambre pour la fouille. « C’est intimidant, souligne Leah. Tu te sens quand même agressée, là. »








