Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Incendies Incendies Incendies Tribune Alexis Jenni Ecrivain Face aux incendies qui ravagent les forêts, le romancier et essayiste rappelle que ce n’est pas qu’un écosystème qui s’effondre sous nos yeux, mais « notre milieu même ». Pendant ce temps, déplore-t-il, dans une tribune au « Monde », les responsables politiques se montrent plus empressés à défaire les avancées environnementales qu’à protéger véritablement les bois. Publié aujourd’hui à 06h00 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés Voir un arbre qui brûle, c’est poignant. Quand on aime les arbres, et j’en suis, ce sont des êtres familiers, et les voir en flammes déclenche une douloureuse empathie, leurs branches noircies dressées vers le ciel deviennent des membres implorants. On sent bien que sous nos yeux, trente ans, cinquante ans, un siècle de vie modeste et obstinée s’anéantissent en quelques secondes. Alors toute une forêt, c’est un désastre. Désastre écosystémique, puisqu’une part de biodiversité, ce délicat tissage d’êtres vivants, disparaît, ne laissant qu’un sol de cendre poudreux et de roches nues, quelque chose comme une planète avant que la vie apparaisse, ou après qu’elle a disparu, mais aussi un désastre intime puisque le paysage est détruit, et ce n’est pas rien, le paysage, ce n’est pas pour prendre des photos de loin, c’est le lieu où l’on vit, notre milieu même. Les grands désastres de l’année 2026 étaient prévisibles mais ils advinrent avec une brutalité que nous n’attendions pas à ce point, pas si tôt dans l’année, ni si tôt dans le siècle. On peut en être désemparé, voire découragé, mais il faut continuer à parler pour l’arbre, qui subit pis que pendre du fait du chaos climatique, des désastres environnementaux et de l’activité économique dérégulée. Les mégafeux qui se déclenchent partout ne sont pas des feux de grande taille, c’est un concept nouveau, c’est la catastrophe immaîtrisable, déclenchée par l’activité humaine, voire plus largement par la conception humaine d’un rapport prédateur à la nature, qui de proche en proche, modifie l’environnement, modifie le climat, et finalement provoque cet embrasement irrépressible des forêts que l’on ne peut que contempler avec horreur, sans pouvoir l’éteindre. Avant c’était loin, en Sibérie, au Canada, en Californie, et puis les Landes ont brûlé, et maintenant c’est tant d’autres autour de nous, et puis Fontainebleau [Seine-et-Marne]. C’est un peu injuste que je ne cite que Fontainebleau, mais c’est pour sa résonance patrimoniale, la forêt de Fontainebleau, en plus d’être une forêt, c’est un monument historique français, c’est « Notre-Dame-des-Forêts » qui à son tour se consume et s’effondre, ce sont les tableaux de l’école de Barbizon dont le modèle disparaît, c’est le sable renommé qui est enfoui sous la cendre, c’est l’escalade devenue impraticable. Il vous reste 63.91% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.