Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Violences sexuelles Violences sexuelles Violences sexuelles Éditorial Le Monde Dans une enquête sur l’affaire dite « des viols libertins », « Le Monde » décrit des actes qualifiés de viols « avec torture et acte de barbarie ». Ce dossier n’est pas un fait divers isolé, mais le symptôme d’une culture masculine en ligne qui se dissimule derrière le vocabulaire du consentement et de la « pluralité sexuelle ». Publié aujourd’hui à 12h00 Temps de Lecture 2 min. Le Monde publie à partir du vendredi 17 juillet une enquête en quatre volets sur l’affaire dite « des viols libertins » de Gironde. Dix-neuf hommes sont mis en examen, pour des faits qualifiés de viols « avec torture ou acte de barbarie ». Cette circonstance aggravante, qui est maniée par la justice avec prudence, mesure la gravité de ce que nos journalistes ont dû regarder en face pour écrire. Au centre du dossier, un homme est accusé d’avoir imposé, pendant plus de vingt ans, à six compagnes successives, des soirées sexuelles organisées avec des dizaines d’inconnus recrutés sur un réseau social « libertin ». Une centaine d’hommes ont été identifiés comme participants. Il est légitime de s’interroger sur la pertinence de rendre publics des faits d’une telle violence, tant leur description confine, par endroits, à l’insoutenable. Néanmoins, taire la cruauté des actes reviendrait à en atténuer la portée. Or, c’est précisément cette portée qui doit alerter. Cette affaire n’est pas un fait divers isolé, circonscrit à la psychologie déviante d’un homme et de son entourage. Elle est le symptôme d’une culture qui s’est construit un espace d’expression et de recrutement au grand jour, en se dissimulant derrière le vocabulaire du consentement et de la « pluralité sexuelle ». Le site sur lequel les soirées étaient annoncées a pignon sur rue ; il fait de la publicité dans le métro. Ses utilisateurs ne se cachaient pas : ils commentaient, se recommandaient entre eux, se félicitaient publiquement de la « qualité » des soirées. Sur Internet, ces individus se sont crus à l’abri des regards et du surmoi de la société pour partager un langage et une culture communs, parlant des femmes comme de corps qui sont entièrement à leur disposition pour être souillés, violentés, contraints au gré de leurs pulsions, sous le couvert du libertinage assumé entre adultes. Disponibilité collective à la prédation Ce qui frappe, dans cette affaire, n’est pas seulement l’ampleur du nombre d’hommes impliqués, mais la banalité de leurs profils. Ils sont cadres, salariés, pères de famille, hommes insérés, au casier vierge pour la plupart. L’horreur ne s’est pas nichée en marge de la société, mais dans son cœur même. Cette affaire s’inscrit dans une généalogie que Le Monde a déjà documentée, de l’affaire French Bukkake au dossier Dominique Pelicot : dès lors que le corps d’une femme se trouve offert, des hommes accourent, quelles que soient les conditions posées. Ce constat, glaçant, interroge moins la pathologie individuelle que la disponibilité collective à la prédation, sitôt qu’elle se pare des habits du jeu entre adultes consentants. Le plus troublant, peut-être, tient à la chronologie. Ces faits se sont poursuivis jusqu’en 2024, soit sept ans après l’irruption de #MeToo dans le débat public français. Les avancées, réelles, de ces dernières années, sur la définition du consentement ou sur la libération de la parole des victimes, n’ont manifestement pas suffi à déraciner des logiques masculinistes qui s’étaient banalisées bien avant, dans les propos comme dans les actes. Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Les viols collectifs, un crime récurrent Ces réflexes continuent d’irriguer des pans entiers de la sociabilité masculine en ligne. Le chemin qui reste à parcourir se mesure, précisément, à la distance entre ce que la loi condamne désormais fermement et ce que certains hommes continuent, entre eux, de désigner comme un jeu. Que cette affaire ait pu prospérer aussi longtemps, sous les yeux d’une centaine de participants consentants ou passifs, dit assez combien la vigilance collective reste, aujourd’hui encore, largement insuffisante. Le Monde
Parler de la culture du viol pour mieux la dénoncer
ÉDITORIAL. Dans une enquête sur l’affaire dite « des viols libertins », « Le Monde » décrit des actes qualifiés de viols « avec torture et acte de barbarie ». Ce dossier n’est pas un fait divers isolé, mais le symptôme d’une culture masculine en ligne qui se dissimule derrière le vocabulaire du consentement et de la « pluralité sexuelle ».






