Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Séries Séries Séries Tribune Pauline Rocafull Directrice de la Cité européenne des scénaristes Premier financeur de la fiction audiovisuelle nationale, le groupe public fait face à des restrictions budgétaires qui risquent de peser sur la création de demain et, in fine, sur la place de la France dans le monde, déplore la scénariste Pauline Rocafull, dans une tribune au « Monde ». Publié aujourd’hui à 14h00 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés Alors que la France s’apprête à disputer un nouveau match décisif sur les terrains de football, une autre Coupe du monde se joue, plus discrète, mais peut-être plus décisive encore : celle des récits. Ses stades sont nos écrans. Ses supporteurs sont des milliards de spectateurs. Les joueurs sont les producteurs, diffuseurs, réalisateurs, scénaristes, comédiens… Les équipes portent les couleurs des Etats-Unis, de la Corée du Sud, du Japon, de la France et de bien d’autres pays. Son trophée n’est pas une coupe : c’est notre attention, l’une des ressources stratégiques du XXIᵉ siècle, au même titre que l’énergie. Lorsque j’ai commencé mon métier de scénariste, en 2003, les œuvres françaises étaient principalement diffusées sur les chaînes françaises. Elles entraient en concurrence avec quelques productions étrangères, mais l’essentiel du match se jouait à domicile. Cette époque est révolue. Les plateformes de streaming ont fait tomber les frontières. Désormais, chaque série française est en concurrence avec les œuvres du monde entier. Demain, les intelligences artificielles génératives redistribueront encore davantage les cartes, en s’appuyant massivement sur les contenus existants pour produire de nouveaux récits. Mais cette révolution est moins technologique qu’économique. La France a construit un modèle original : ceux qui diffusent les œuvres contribuent aussi à financer la création. Or, à mesure que notre attention se déplace vers les plateformes internationales et les réseaux sociaux, une part croissante de cette valeur échappe à ce mécanisme, fragilisant tout l’écosystème. Derrière cette bataille des récits se joue pourtant bien davantage que le destin d’un secteur culturel. Ce sont près de 260 000 emplois qui dépendent de la création audiovisuelle et cinématographique en France. Une série de six épisodes représente à elle seule des centaines d’emplois directs et indirects sur un territoire. C’est aussi un enjeu démocratique : les récits façonnent nos références communes, notre manière de débattre, de nous comprendre et de nous projeter collectivement. C’est, enfin, un enjeu de souveraineté. Produire des histoires, c’est produire de l’influence. Et lorsqu’un pays cesse de raconter ses propres histoires, il finit par regarder le monde à travers celles des autres. Il vous reste 60.92% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
« Affaiblir durablement France Télévisions, c’est réduire notre capacité à expérimenter, à révéler de nouveaux talents et, finalement, à faire émerger les succès de demain »
TRIBUNE. Premier financeur de la fiction audiovisuelle nationale, le groupe public fait face à des restrictions budgétaires qui risquent de peser sur la création de demain et, in fine, sur la place de la France dans le monde, déplore la scénariste Pauline Rocafull, dans une tribune au « Monde ».










