Mêmes causes, mêmes effets. La crise des systèmes audiovisuels publics prend de l’ampleur partout avec la fragilisation structurelle des budgets, les pressions politiques croissantes et le défi immense de la concurrence des plateformes.Face à une crise financière et à la baisse des revenus de sa redevance, la noble et très prestigieuse BBC, modèle mondial du secteur, met en œuvre la suppression de 2000 postes (soit 10 % de son effectif) et la réduction du nombre de chefs d’antenne. La gouvernance du groupe et son financement feront prochainement l’objet d’une révision profonde.En Italie, le gouvernement de Giorgia Meloni est accusé de nominations à des postes clés de proches de son parti, Fratelli d’Italia. Des Italiens parlent maintenant ironiquement de la RAI comme de « TeleMeloni ».En Allemagne, le mastodonte des médias d’État, formé principalement par l’ARD, la ZDF et Deutschlandradio, pesant pour 16 milliards de dollars annuels, subit une fronde contre la taxe obligatoire allouée à son financement (30 dollars par mois par contribuable, soit l’équivalent de 11 fois plus qu’au Canada). Là aussi, une partie du public et des groupes politiques l’accusent de parti pris éditorial. Des projets de modernisation prévoient la fusion et la fermeture de plusieurs chaînes spécialisées.Ici même, le diffuseur CBC/Radio-Canada, sous contraintes budgétaires depuis des décennies, subit en plus la réduction des revenus publicitaires et la concurrence effrénée des nouvelles plateformes de divertissement. Les conservateurs fédéraux proposent de définancer le volet anglophone de la société d’État tout en restant vagues sur le rôle de sa portion francophone. Ils ciblent la bureaucratie et une supposée partialité gauchiste de certaines émissions.Commission d’enquête en FranceLa France, réputée être parmi les États les plus interventionnistes d’Occident, y compris en culture et en communications, n’échappe évidemment pas à la tempête qui entremêle la crise des finances publiques et les guerres culturelles. La Commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public, créée par l’Assemblée nationale, a dressé au printemps un bilan du secteur.Charles Alloncle, jeune député de l’Union des droites pour la République et rapporteur de la Commission, parle d’une crise de confiance, d’un manque de neutralité politique, de conflits d’intérêts, de dérives financières du système… Le gros document-synthèse bâti à partir des audiences prolongées propose une réforme profonde, dont celle de réduire le budget du système d’un milliard d’euros sur quatre ans, de supprimer des chaînes et d’en fusionner d’autres.« À la Libération, partout dans les pays occidentaux, la peur, c’était la constitution d’un oligopole privé et le financement par la publicité, explique au Devoir Pauline Trouillard, chercheuse contractuelle au Centre national de la recherche scientifique de France. Les Européens voulaient s’éloigner du modèle américain, comme au Canada en fait, en finançant des contenus par l’argent public et des redevances. Pas seulement pour informer, mais aussi pour divertir. »
L’audiovisuel public sous pression
La critique des médias publics s’amplifie partout, y compris au Canada.










