Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Pouvoir d'achat Pouvoir d'achat Pouvoir d'achat Tribune Benjamin Brice chercheur en science politique A dix mois de l’élection présidentielle, les candidats, au lieu de promettre une augmentation intenable du pouvoir d’achat, doivent rompre avec l’imaginaire de la croissance hérité des « trente glorieuses », estime Benjamin Brice, chercheur en science politique, dans une tribune au « Monde ». Publié aujourd’hui à 12h30 Temps de Lecture 2 min. Article réservé aux abonnés Notre modèle de société est en faillite et les politiques regardent ailleurs. La quasi-totalité des candidats à l’élection présidentielle promettent une hausse du pouvoir d’achat : baisse des impôts et des taxes, réduction de l’écart entre le brut et le net, hausse du salaire minimum, relance de la croissance… Hélas, ces promesses ne peuvent plus être tenues. Pourquoi ? Parce que la crise actuelle du pouvoir d’achat n’est pas conjoncturelle : elle révèle une crise structurelle de notre modèle de société. Rappelons les faits. D’après l’Insee, entre 1960 et 1973, il ne fallait en moyenne que quinze années pour que le pouvoir d’achat des Français double. Dans le même temps, le pays se désendettait, dégageait un fort excédent commercial et lançait de grands plans d’investissement. Depuis 2008, il faut désormais cent trente-sept années pour obtenir un doublement du pouvoir d’achat ! Et cette quasi-stagnation s’accompagne d’une hausse inédite de l’endettement public (+ 50 points de PIB en moins de vingt ans), d’un déficit commercial structurel et d’un sous-investissement qui se traduit par une dégradation de l’action publique (mauvais résultats éducatifs, déclassement militaire, dysfonctionnements de la justice…), par un décrochage technologique et par une large impréparation aux défis du XXIe siècle. Que se passe-t-il ? Au cours du dernier demi-siècle, alors que la croissance économique ne cessait de se ralentir, nous avons continué, vaille que vaille, de vivre dans l’imaginaire des « trente glorieuses ». C’est-à-dire dans une société qui s’organise autour d’une abondance matérielle toujours croissante. Aussi, pour stimuler le pouvoir d’achat en dépit de la croissance faible, les gouvernants ont laissé filer l’endettement public (en profitant des faibles taux liés à la monnaie unique), accepté la désindustrialisation du pays (afin d’importer des produits moins chers) et réduit les marges budgétaires de l’action publique (d’après mes calculs, les dépenses de fonctionnement des administrations publiques ont diminué de plus d’un point de PIB depuis le milieu des années 1990, alors que les besoins ont augmenté, comme dans l’hôpital public, l’enseignement supérieur et la défense). Il vous reste 49.84% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.