Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Réchauffement climatique Réchauffement climatique Réchauffement climatique Chronique Jean-Baptiste Fressoz Historien, chercheur au CNRS Longtemps accusé de catastrophisme par l’extrême droite, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a en réalité été trop prudent, sous-estimant l’accélération du changement et ses conséquences, relève l’historien Jean-Baptiste Fressoz dans sa chronique au « Monde ». Publié aujourd’hui à 17h00 Temps de Lecture 2 min. Article réservé aux abonnés On entend parfois que tout était écrit – que les canicules de 2026 étaient annoncées de longue date. A l’inverse, l’extrême droite a longtemps accusé le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) d’être « catastrophiste ». Ces deux affirmations sont fausses. Non seulement le GIEC n’a jamais été alarmiste, mais il a longtemps été trop prudent, précisément sur les canicules qui frappent désormais l’Europe. Rendons d’abord justice aux modèles climatiques. A l’échelle globale, ils se sont révélés remarquablement exacts : depuis les années 1990, la courbe des températures planétaires suit de près la trajectoire projetée par les premiers rapports. Sur ce terrain, l’accusation d’alarmisme ne tient pas : le réchauffement est bien arrivé comme annoncé. Mais la moyenne globale masque des extrêmes régionaux, et c’est là que le GIEC a plutôt péché par timidité. Cela fait quelque temps déjà que certains climatologues expliquent que les modèles captent mal la mécanique du jet-stream : quand ce grand courant d’altitude ralentit, s’installent les dômes de chaleur durables dont nous venons de faire l’expérience. Ce phénomène répond au doux nom d’« amplification quasi résonante ». Les modèles pourraient donc sous-estimer les chaleurs extrêmes à venir. Un article de 2023 signé par Robert Vautard – coprésident du groupe 1 du GIEC – et ses collègues confirme ce diagnostic. Les extrêmes de chaleur en Europe de l’Ouest augmentent bien plus vite que ne le prévoyaient les modèles. Plus inquiétant encore : aucun n’arrive à simuler l’intensité de ces canicules. Entre le cinquième rapport d’évaluation ( « Fifth Assessment Report », ou « AR5 », dont le premier volet a été publié en 2013) et le sixième (« AR6 », 2021), le discours du GIEC sur les canicules a d’ailleurs évolué. L’AR5 restait prudent et global : confiance « moyenne » sur le rôle humain dans les vagues de chaleur, presque aucune attribution régionale. L’« AR6 », lui, affirme comme un « fait établi » que les émissions humaines ont accru la fréquence et l’intensité des canicules. Ce qui a changé ? Une discipline neuve, la science de l’attribution : balbutiante en 2013, elle a établi que la canicule de 2019 avait été rendue jusqu’à 100 fois plus probable par le réchauffement. Il vous reste 41.22% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
« Par peur d’être taxé d’exagération, le GIEC a sous-estimé la brutalité de nos étés »
CHRONIQUE. Longtemps accusé de catastrophisme par l’extrême droite, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a en réalité été trop prudent, sous-estimant l’accélération du changement et ses conséquences, relève l’historien Jean-Baptiste Fressoz dans sa chronique au « Monde ».






