Crise profonde, déconsommation durable, taxes à l'exportation… Le marché du vin tente de résister et se réinvente constamment. Grâce à de nouvelles appellations comme dans les côtes-de -provence, avec le cru Sainte-Victoire ; de nouvelles pratiques, toujours plus innovantes à l'instar de la viticulture régénérative ; des terroirs surprenants comme le Beaujolais blanc (ci-dessous). Enfin, il n'hésite pas non plus à se diversifier en partant à la conquête d'un "Nouveau monde", celui de la cosmétique, en s'appuyant sur les vertus anti-âge des antioxydants du raisin. A l'arrivée : soins capillaires, sérums antitaches, douche et shampoings au pinot noir, Émulsions nettoyantes, lait Corps, etc. Une large gamme pour tous les goûts et tous les besoins. Tous ces produits ne s'imposeront pas un univers déjà très concurrentiel. Mais chacun d'entre eux montre que le secteur du vin n'est jamais à court d'idée et de formules pour se diversifier. Avec une ligne de mire : laisser passer les vents mauvais, tenir pour dessiner des jours meilleurs.Lorsqu’on évoque le Beaujolais, on pense souvent au vin nouveau, fréquemment aux crus (morgon, saint-amour, brouilly, moulin-à-vent, fleurie…), mais plus rarement au blanc. Pourtant certains terroirs argilo-calcaires de la région se prêtent parfaitement à la culture du chardonnay, notamment aux portes du Maconnais, au nord de l’appellation, où ils peuvent prendre le nom de communes telles Leynes ou Lantignié, et dans les Pierres Dorées, au sud. "Ce n’est pas un effet de mode", précise Thierry Bellicaud, directeur général de la Maison Jean Loron et membre de la commission "beaujolais-blanc" de l’interprofession. Une couleur qui fait une réputationLa couleur figure dans le décret d’appellation dès l’origine, en 1937 Certains vignerons, à l’instar de Jean-Paul Brun notamment, ont bâti une partie de leur réputation avec ces vins, de même que le Château Thivin et son Clos de la Rochebonne, qui recueille les suffrages enthousiastes des critiques. Et que dire du Clos des Loyses, propriété du Château des Jacques, dont les 10 hectares sont cultivés en blanc depuis 1 643. Pour autant, longtemps confidentiels, ces vins connaissent désormais un véritable regain d’intérêt. En 2020, la Maison Loron a ainsi produit son premier beaujolais-blanc, au Domaine Bellevue, dénommé Princesse Lievin. "Nous avons présenté une deuxième cuvée, en début d’année, au salon Wine Paris, issue de chardonnays provenant des Pierres Dorées. Avec le même slogan : 'Chez Loron, le beaujolais ne fait pas sans blanc'", se réjouit Thierry Bellicaud, La maison revendique quatre hectares de chardonnay, sur les 574 que comporte l’appellation —, une surface qu’elle compte doubler à terme.Susciter la curiosité et la surprise Au Château de la Chaize, qui fête ses 350 ans, Boris Gruy, le directeur général, croit aussi beaucoup au beaujolais-blanc. Il en a planté cinq hectares dans les Pierres Dorées et vient de sortir sa première cuvée. "Le beaujolais-blanc ne représente que 4 % des volumes produits dans la région, mais il en constitue l’identité tout autant que les vins rouges." 450 vignerons sur les 2 000 que compte la région en proposent aujourd’hui au moins une cuvée, signe de l’intérêt croissant pour la couleur. "Je reste convaincu de leur potentiel, détaille Thierry Bellicaud. Ils bénéficient de la notoriété de l’appellation beaujolais, et suscitent la surprise et la curiosité lorsqu’on annonce qu’ils sont blancs. Mais pour que leur succès s’amplifie, il faut qu’ils soient très qualitatifs. Ils ont leur propre caractère, avec un côté plus bonhomme et bienveillant que les chardonnays du Mâconnais, davantage en tension." D’autant que leurs prix les placent en concurrents directs de leurs cousins de Bourgogne, avec des bouteilles de 15 à 20 € au domaine ou chez votre caviste préféré. Pourquoi se priver !
Quand le beaujolais s’habille aussi en blanc
Longtemps qualifié de "perle rare", le vin issu de chardonnays de la région commence à se tailler un joli succès.







