Pour le dernier chapitre de sa trilogie semi-autobiographique, Carla Simón nous transpose des pêchers de la Catalogne, dans le nord-est de l’Espagne — où était planté le décor de son remarquable Alcarràs, Ours d’or à Berlin en 2022 — à l’autre extrémité du pays, en Galice, région foisonnante en superstitions morbides où, croyait-on avant les grandes explorations, se situait le bord du monde connu.À la manière de son âme sœur italienne Alice Rohrwacher (Les merveilles, La chimera), dont les fables paysannes contemporaines teintées de réalisme magique enchantent le circuit festivalier, Simón s’impose comme une cinéaste en pleine ascension qui sait faire surgir l’universel dans l’infime des gestes quotidiens, sans jamais forcer le trait.
Le va-et-vient des originesOrpheline élevée à Madrid par sa mère adoptive, Marina, 18 ans, rêve d’études en cinéma. Un obstacle contrarie cependant ses plans : pour obtenir une bourse, elle doit faire reconnaître sa filiation sur l’acte de décès de son père biologique. Cet écueil administratif devient le point de départ d’un voyage initiatique qui la mène à fouiller le passé trouble de ses parents, et du même coup rencontrer sa famille paternelle, qui garde jalousement ses secrets enfouis.Adepte d’un cinéma à la fois tactile et évanescent, Simón accorde une attention particulière à l’environnement dans lequel elle situe son intrigue. Romería se déroulant en bonne partie dans l’estuaire de la Ría de Vigo, entre la côte galicienne et l’archipel des îles Cíes, l’intrigue se déploie dans un va-et-vient hypnotique évoquant le rythme des vagues berçant les nombreuses embarcations que fréquente Marina (dont le prénom, pour qui connaît son latin, ne doit rien au hasard).Si Marina est la protagoniste désignée du film — contrairement à Alcarràs, où tous les membres de la famille d’agriculteurs partagent un poids dramatique équivalent —, elle tient moins le rôle d’une héroïne proactive que celui d’une observatrice rêveuse. Simón enduit son alter ego d’une capacité quasi omnisciente à ressasser le passé, transformant les aléas du quotidien en indices révélateurs permettant de reconstituer le récit lacunaire de ses origines.








