Budrio (province de Bologne), Italie, 2019. STEFAN GIFTTHALER
E
lle revient. Alors que la simple idée du retour aurait le pouvoir de la transmuter en lac gelé. Alors que cet ici est le dernier endroit où elle désire être. Elle n’a nulle part où aller. Elle n’a pas eu la force de se jeter dans une voiture, en route pour une île légendaire dans un océan primordial sur lequel le soleil apparaîtrait pour la première fois. Donc, anéantie par le broyeur de la City londonienne, dépecée au beau milieu de la salle des marchés d’une des plus grosses banques du monde, sous les regards cupides des charognards en col blanc, elle est forcée de revenir chez son père.
Alors qu’elle se targuait d’être dure au mal, avec cette enfance sans enfance passée en Italie du Nord parmi les gens des chevaux et leur sévérité. Mais là-bas sous les nuages, dans cet enfer pourtant affiché sur des dizaines d’écrans clignotant de chiffres brûlants, elle n’a rien vu venir, ni la violence, ni les trahisons de ceux qu’elle prenait pour des alliés, ni celle de son boss qu’elle savait granitique mais sans imaginer la dose de poison qui siégeait dans son sang. Elle a 25 ans, dont deux passés en stage dans la finance, et la revoilà ici, semblant avoir 100 ans.






