Sur l’autoroute entre Nîmes et Marseille, le 24 juillet 1984, de Guy Le Querrec. GUY LE QUERREC/MAGNUM PHOTOS

L

a fille est assise à l’arrière ; la place des enfants. Officiellement, elle est encore une enfant. Le 4, finito : elle aura 13 ans. Assise à l’ombre de l’arbre des cheveux bouclés de sa mère qui, sur le siège passager, regarde par la fenêtre, elle se demande si elle va vraiment muter en cette ado-zombie boostée aux hormones et à l’esprit balek que tout le monde lui promet. A côté d’elle, son frère, qui n’a pas dit un mot depuis le départ. Et au volant, sa tante – pas la sœur de sa mère, mais celle de son père, tout est mélangé chez eux – est super concentrée sur la route, parce qu’elle vient d’avoir son permis. A 40 ans.

Ce trajet d’à peine deux heures pour retrouver son père ne lui a jamais semblé aussi long. Elle se demande si c’est dû à la Renault 5 qui continue de galérer, malgré les réparations, ou bien à cette nouvelle cassette dans l’autoradio que sa mère écoute en boucle, notamment un titre chanté par une actrice à la voix super aiguë qui parle de son pull bleu marine. Elle se fait tellement chier. C’est vrai qu’elle dit de plus en plus de gros mots. En même temps, elle a de qui tenir. Elle déteste quand personne ne parle.