Le président et chef de la direction de Québecor a indiqué que son entreprise reste déterminée à acquérir Corus Entertainment, tout en exhortant le CRTC à rejeter le plan de recapitalisation présenté par le diffuseur torontois.Dans une lettre adressée jeudi à l’organisme de réglementation des télécommunications et de la radiodiffusion, Québecor a avancé que l’avenir de Corus et sa place au sein du système de radiodiffusion canadien dépendaient de l’approbation d’un rachat par des « acquéreurs financièrement solides » connaissant bien le secteur.Mais Corus, qui a annoncé vendredi que ses pertes financières s’étaient aggravées au cours du dernier trimestre par rapport à l’année précédente, a jusqu’à présent rejeté les offres de Québecor, selon Pierre Karl Péladeau.Le CRTC examine actuellement un projet de plan de recapitalisation proposé par Corus qui entraînerait un changement de propriété, transférant le contrôle effectif de tous les services de programmation titulaires d’une licence exploités par le diffuseur de télévision et de radio et ses filiales.Selon cette proposition, certains créanciers de Corus effaceraient environ 500 millions $ de dette en échange d’une participation de 99 % dans une entreprise mère nouvellement créée, baptisée NewCo, qui détiendrait intégralement Corus et ses services.Les actionnaires actuels de Corus devraient échanger leurs titres contre des actions qui, ensemble, représenteraient le 1 % restant de la nouvelle entreprise.En mars, Corus a obtenu de la Cour supérieure de l’Ontario l’autorisation de mettre en œuvre son plan de recapitalisation après l’échec d’un vote des actionnaires en janvier.Toutefois, celui-ci doit encore être approuvé par les autorités réglementaires. Le CRTC a lancé une consultation sur cette opération le mois dernier, et les parties avaient jusqu’à jeudi pour soumettre leurs commentaires.Le président et chef de la direction de Corus, John Gossling, a précisé vendredi que la proposition suivait son cours dans le processus d’approbation du CRTC et que l’entreprise n’avait pour l’instant aucune indication quant à la date de finalisation de l’opération.Il n’a pas abordé la prise de position de Québecor sur la question lors d’une conférence téléphonique organisée pour discuter des derniers résultats financiers de Corus.Corus Entertainment a subi une perte nette attribuable aux actionnaires de 36,5 millions $ au cours de son dernier trimestre, alors que ses revenus ont diminué de 16 % sur un an.Le groupe médiatique, propriétaire de la chaîne de télévision Global, a précisé que sa perte s’est élevée à 18 cents par action lors du trimestre clos le 31 mai. À la même période l’an dernier, la perte de l’entreprise avait été de 7,3 millions $, soit 4 cents par action.M. Gossling a expliqué que ces résultats reflétaient des économies significatives réalisées grâce à des initiatives de gestion des coûts, qui ont contribué à compenser en partie la pression persistante sur la demande publicitaire en télévision linéaire.Corus a indiqué au CRTC que l’opération de recapitalisation qu’elle propose est nécessaire pour faire face à son endettement élevé et améliorer sa stabilité financière, afin de pouvoir poursuivre ses activités.Son conseil d’administration a fait valoir que cet accord représentait « la meilleure option viable pour assurer l’avenir de Corus tout en préservant au mieux la valeur pour les actionnaires ».L’entreprise a indiqué que cela permettrait de réaliser des économies annuelles sur les intérêts payables pouvant atteindre 40 millions $ et de préserver le « rôle essentiel de Corus en tant que diffuseur canadien indépendant de premier plan ».Mais M. Péladeau a soutenu que cette approche risquait de créer une situation dans laquelle son concurrent Bell Canada « monopoliserait le paysage médiatique anglophone ».Selon lui, les actifs de Corus constituent une infrastructure nationale essentielle pour le Canada et sa culture.Il a ajouté que Québecor avait mis en place l’un des modèles d’intégration médias-télécommunications les plus performants du Canada, citant notamment son acquisition en 2023 de Freedom Mobile, dans laquelle le groupe a depuis investi massivement pour étendre sa présence à l’ensemble du Canada.M. Péladeau a précisé que la mise en commun des installations de production avec Corus permettrait à Québecor de créer davantage de contenus canadiens de haute qualité.Soutien conditionnel du syndicatPlus tôt cette semaine, un groupe d’actionnaires minoritaires a également demandé au CRTC de rejeter le plan proposé par Corus, affirmant qu’il risquait de créer des incitations financières à la réduction des coûts plutôt qu’au maintien des services locaux.Ce groupe a notamment exprimé des inquiétudes quant au rôle potentiel de Canso Investment Counsel, qui devrait devenir le principal actionnaire de NewCo.En tant que fonds d’investissement plutôt qu’opérateur médiatique, Canso ne dispose pas de l’expérience nécessaire et pourrait être tenté de fermer des stations locales ou de réduire les effectifs, ont averti ces actionnaires.Dans une déclaration distincte, le plus grand syndicat du secteur privé canadien a déclaré jeudi que le CRTC devrait approuver la demande de Corus, mais en fixant des conditions visant à protéger les emplois et la programmation locale.Unifor, qui représente 5000 travailleurs des secteurs de l’audiovisuel et du cinéma, dont certains chez Corus, a mentionné que le feu vert du CRTC devrait être subordonné à l’engagement de l’entreprise de ne fermer aucun média et de ne procéder à aucun licenciement, aucune réduction des activités ni aucune autre diminution des effectifs.« En termes simples, le meilleur moyen de garantir aux Canadiens l’accès à l’information locale est d’exiger l’emploi de journalistes et de professionnels des médias qualifiés sur les marchés locaux », a déclaré Randy Kitt, directeur des médias chez Unifor.Sur une base ajustée, Corus a enregistré une perte de 15 cents par action au cours de son dernier trimestre, comparativement à un bénéfice ajusté de 6 cents par action un an plus tôt.Au troisième trimestre, les revenus de l’entreprise ont atteint 249,4 millions $, en baisse par rapport à 297,8 millions $ un an plus tôt.Les revenus du secteur de la télévision se sont élevés à 229,5 millions $, comparativement à 274,5 millions $ il y a un an. Ceux de la radio ont atteint 19,9 millions $, contre 23,3 millions $ un an plus tôt.