Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Violences sexuelles Violences sexuelles Violences sexuelles Tribune Françoise Roth Juriste Pour lutter contre les violences sexuelles, il faut de l’information partagée, des équipes pluridisciplinaires, des outils de suivi, des magistrats disponibles, des unités médico-légales accessibles, des dispositifs de protection immédiate, souligne la juriste Françoise Roth dans une tribune au « Monde ». Publié aujourd’hui à 14h38 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés L’affaire de la jeune Lyhanna [le corps de la fillette de 11 ans a été retrouvé dans le Gers, le 4 juin] ne doit pas seulement provoquer l’émotion, ni servir de prétexte à une nouvelle surenchère pénale. La tentation est grande, dans ces moments de sidération, de répondre par l’aggravation des peines, l’automaticité de l’incarcération ou l’empilement de nouvelles infractions. Ces politiques donnent le sentiment de l’action, mais elles ne répondent pas à la question centrale : pourquoi, lorsque des enfants parlent, lorsque des familles alertent, lorsque des signaux existent, l’institution ne parvient-elle pas toujours à les entendre, les relier, les analyser et agir ? Enquêter sur ces violences exige bien davantage qu’un alourdissement des peines : cela suppose des moyens substantiels pour compter sur un personnel formé, des méthodes adaptées au traumatisme, une lutte rigoureuse contre les stéréotypes de genre, une analyse du contexte. Protéger les enfants ne consiste pas seulement à punir plus sévèrement après coup, mais à enquêter mieux, plus vite, avec des moyens adaptés et une compréhension fine des violences sexuelles. Ces enquêtes, spécialement lorsqu’elles concernent des enfants, sont parmi les plus complexes. Elles se commettent souvent dans des espaces privés, sans témoins directs, souvent au sein du cercle familial, scolaire, amical ou de confiance. Elles s’accompagnent de manipulation, de peur, de honte, de loyauté contrainte, de silence imposé. La parole des victimes peut être fragmentée, tardive, ambivalente. Le traumatisme n’obéit pas au calendrier judiciaire : il peut produire des trous de mémoire, des contradictions apparentes, des rétractations, des silences. Les lire comme des signes de mensonge, c’est méconnaître la violence sexuelle et ses effets. C’est pourquoi toute la chaîne judiciaire doit être formée – les policiers et gendarmes qui reçoivent les plaintes, les enquêteurs, les médecins légistes, les travailleurs sociaux, les psychologues, les procureurs, les juges d’instruction, les magistrats du siège. Une plainte pour violences sexuelles sur enfant exige une méthode dépourvue de stéréotypes, de genre en particulier : recueil de la parole dans des conditions adaptées, protection immédiate, examen médico-légal rapide lorsque c’est pertinent, recherche d’éléments périphériques, analyse du contexte, exploitation des preuves numériques, auditions de l’entourage, identification d’autres victimes potentielles, croisement avec des signalements antérieurs. Il vous reste 60.84% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
« La protection des enfants ne se mesure pas à la lourdeur des peines, mais à la capacité de l’Etat à entendre les alertes et enquêter avec rigueur »
TRIBUNE. Pour lutter contre les violences sexuelles, il faut de l’information partagée, des équipes pluridisciplinaires, des outils de suivi, des magistrats disponibles, des unités médico-légales accessibles, des dispositifs de protection immédiate, souligne la juriste Françoise Roth dans une tribune au « Monde ».










