"Quand j’étais petit, mes parents trouvaient déjà ça particulier. Mais ma mère et ma grand-mère sont toutes deux des artistes, alors elles m’ont encouragé." Jules Wittock vient d’un véritable clan d’artistes. Nous avions déjà interviewé sa sœur, Mathilde, au sujet de sa "Bounce Chair", une chaise-longue design qu’elle fabrique avec plus de 500 vieilles balles de tennis. Leur mère, Catherine François, est connue pour ses grandes sculptures en bronze. Sa sœur Gabrielle, elle, façonne des nichoirs artistiques en céramique. "J’ai eu de la chance de naître dans une famille comme celle-là. Parents, sœurs, cousins et cousines: on baigne tous dans la même atmosphère."Ses labyrinthes ont déjà pris place dans des foires d’art, de Bruxelles à Mexico, en passant par Séoul et Hong Kong. Il a dessiné un labyrinthe monumental de 5,5 sur 2,2 mètres au plafond du Palais de Justice de Bruxelles. Représenté par des galeries à Bruxelles, Knokke et New York, il a vendu une œuvre à la petite-fille de Picasso et l’acteur Rami Malek, de "Bohemian Rhapsody", serait lui aussi fan de ses réalisations.Des labyrinthes partout. Dès l’enfance, personnages, nuages, soleil et paysages se transformaient déjà en dédales sous le crayon de Jules Wittock.© Alexander D'HietAinsi, après quelques fructueuses collaborations avec l’eau Bru et le constructeur automobile Volvo, c’est désormais la marque horlogère Ressence qui s’invite dans son parcours.Pourtant, longtemps, Jules Wittock a gardé son travail à l’abri des regards. "Je le trouvais trop personnel. J’étais trop timide pour le montrer. Je ne voulais pas que les gens me prennent pour un "weirdo". Puis, un jour, je me suis dit: "Ok, je m’en fiche de ce que les autres pensent." Je veux montrer mon travail au monde."Et pour y parvenir, il a changé de vie. Ingénieur commercial de formation, il a travaillé quelques années au sein de l’entreprise "IT" LetsBuild, où il pilotait une équipe de trente ingénieurs. "Mon job, c’était de trouver des bugs, des problèmes dans le programme. Il y a pas mal de points communs avec mes labyrinthes: c’est un truc de "nerds" aussi", rit-il. Son dernier contrat, il l’a signé comme client solution developer chez l’éditeur wallon Odoo. Jusqu’au jour où, il y a cinq ans, il a quitté son poste pour choisir l’art, à plein temps, avec succès."Ce qui compte le plus, pour moi, c’est de prendre du plaisir dans ce que je fais. Dans le processus. L’art a une dimension thérapeutique. Je ne peins que lorsque j’en ai besoin."Lire aussi© Alexander D'HietComplexité et interactionsAvec les années, ses labyrinthes se sont densifiés. "Plus j’en dessine, plus je m’enfonce dans mon monde, et plus mon travail devient grand et complexe. J’ai besoin de défis. C’est essentiel, parce que je vois toujours ça comme un jeu."Il a d’abord introduit une entrée. Puis un chemin. Puis une sortie. "Pour arriver au concept de solution. Aujourd’hui, dans chaque dessin, chaque peinture, chaque sculpture, il y a une entrée, une sortie et une solution."Ensuite, il a davantage corsé les règles. "J’ai ajouté une autre logique à chaque labyrinthe. Si vous prenez une photo de la toile et que vous tracez le chemin de la solution, cela épelle un mot. Ici, par exemple, le mot "LOVE" est caché. Essayez donc de le trouver."Ce qui frappe? Il ne prépare pas son tracé au crayon, ni sur ordinateur. Il attaque directement la toile, à l’huile et à l’acrylique. "Je ne sais pas très bien comment l’expliquer mais j’ai ma propre méthodologie. Visuellement, tout est clair. Je peux commencer tout de suite."Le défi le plus récent et le plus minutieux du Bruxellois: une collaboration exclusive avec la marque horlogère Ressence, basée à Anvers.Messages cachés"Depuis que j’ai décidé de montrer mon travail, je cherche l’interaction. Et c’est pour ça que je cache un secret dans mes tableaux: pour laisser aux gens le choix d’entrer en interaction, ou non. Je cache des mots dans les labyrinthes, et j’utilise aussi de la peinture UV. Si vous éclairez l’œuvre avec une lampe UV, vous découvrez d’autres messages dissimulés", avoue-t-il, porté par l’enthousiasme.Pour ses labyrinthes, Jules Wittock choisit presque toujours le noir, le bleu foncé ou le rouge. "Au début, c’était uniquement du noir et blanc, parce que je cherchais mon chemin dans la logique, pas dans les couleurs. Ensuite, j’ai essayé d’autres teintes, mais je trouvais ça difficile. J’ai déjà fait une œuvre violette, mais je n’ose même pas vous la montrer", confie-t-il. Pourquoi? "Je n’arrive pas à placer cette couleur avec mon travail. Ça ne matche pas."Toujours en quête de nouveauté, il aime se compliquer la tâche. "Plus c’est complexe, mieux c’est. On me connaît pour mes très grandes pièces, mais en réalité, ces petits labyrinthes sont bien plus complexes et techniquement plus difficiles. À force de les regarder, on peut même avoir le vertige. Faire un petit labyrinthe prend souvent plus de temps qu’une grande toile. Mon tableau gigantesque au Palais de Justice de Bruxelles m’a demandé plusieurs mois de travail. L’énergie, l’adrénaline d’une œuvre à cette échelle me poussent à aller plus vite."Lire aussiDes plafonds monumentaux aux toiles foisonnantes de détails, les labyrinthes de Jules Wittock ont conquis les foires d’art internationales.© Courtesy of Julien WittockCes formats imposants pèsent aussi sur son quotidien, car il travaille depuis son salon. "Avec les très grandes toiles, je dois vider tout le séjour. Ici, il n’y a pas eu de canapé pendant des mois. Ma copine n’était pas ravie", sourit-il. Peindre au sol n’aide pas non plus. "Comme les lignes du parquet deviennent immédiatement visibles à travers la toile dès que je marche dessus, je ne peux généralement ni monter sur l’œuvre ni la traverser. Il m’arrive donc, littéralement, de me déplacer en roulant par terre pour atteindre certaines zones."BrafaEn ce moment, Jules Wittock s’attaque à son format le plus réduit: un cadran de montre. "Un nouveau défi, et j’adore ça." C’est à la Brafa que Benoît Mintiens, fondateur de Ressence, a découvert l’artiste et son univers. "Pour collaborer, il faut une connexion. Jules est quelqu’un de très aimable et intelligent. Il a ce don de réinventer son travail et de lui donner une nouvelle destination, comme ici avec cette montre", explique Benoît Mintiens joint par téléphone. "Avec cette montre, je sors de ma zone de confort et j’apprends à nouveau des choses", confirme l’artiste.Derrière la minutie des labyrinthes se cache une même logique: repousser les limites du jeu en relevant sans cesse de nouveaux défis.© Alexander D'HietÀ quoi ressemble l’objet? "De loin, la montre paraît presque uniforme. Plus on s’approche du cadran, plus on distingue la texture organique du labyrinthe. Les chemins ne sont pas juste imprimés sur le cadran: ils sont dessinés en profondeur, gravés avant d’être remplis de peinture", précise Benoît Mintiens. En septembre, soixante montres seront proposées à la vente.Ce qui rend Ressence si singulière? Le cadran. L’heure se lit sur le petit cadran, les minutes sur le grand. Autre particularité: le boîtier est rempli d’huile, ce qui offre une lisibilité cristalline du temps. Et nouveauté: depuis cette année, la marque dispose de son propre mouvement, entièrement maison, et ne dépend donc plus de calibres suisses.Jules Wittock n’a pas hésité une seconde. Il a dit "oui", tout de suite. "J’avais même prévu de dessiner une montre pour mon père. Que Ressence vienne frapper à ma porte précisément maintenant: c’était un timing parfait."Lors de notre entretien, Jules Wittock ne porte pas de montre. Pourtant, le temps l’a toujours fasciné, au même titre que les labyrinthes. "Enfant, j’étais déjà captivé par les nombres identiques. Quand, par exemple, il est exactement minuit. Ou 11 minutes après 11 heures. Ça me rend heureux. Pour le labyrinthe du cadran, je voulais donc créer un passage qui permette d’arriver à la sortie à 12 heures précisément."Et il a, bien évidemment, caché un mot dans ce labyrinthe. Reste à deviner lequel: "TIME"? "Je ne peux rien dire", rit-il. "Ce sera bientôt à ceux qui portent la montre de le découvrir."Les soixante montres "Jules Wittock" seront disponibles dès 17 septembre | www.ressencewatches.comLire plusDans l’atelier de Guido Verhaeghe: Bach, Nick Cave et une œuvre qui traverse les décenniesVous aimez la céramique? 4 artistes à découvrir entre Provence et OccitanieÀ Bruxelles, Stirum Art transforme un appartement en galerie d’art privée
Qui est Jules Wittock, l'artiste belge qui fascine collectionneurs et horlogers?
Il y a cinq ans, cet ingénieur commercial a quitté un emploi confortable dans le secteur de l'IT pour se consacrer entièrement à l’art. Aujourd’hui, ses labyrinthes ont trouvé leur place chez les stars.








