Comment sélectionne-t-elle ses œuvres et ses artistes? "Chez moi, tout se fait de manière très organique. J’admire Sofie Van de Velde, mais planifier aujourd’hui ce que je montrerai dans un an ou deux, je n’y arrive pas. Je suis une petite galerie, pas un musée."Lire aussi© Wouter MaeckelbergheDans l’espace, quelques pièces de design attirent aussi l’œil, comme la paire de chaises Wassily jaunes de Marcel Breuer. "Vous ne voulez pas savoir combien de personnes m’ont déjà demandé si elles étaient à vendre", rit-elle. "À l’Affordable Art Fair, quelqu’un me l’a même demandé quatre fois. Mais je ne les vendrai jamais. Elles sont devenues un repère, autant dans la galerie que sur les foires."Bientôt à l’écran?"Le monde des galeries à Knokke est un monde à part", assure-t-elle. "Il y a dix poids lourds à Knokke: des galeries connues, qui représentent de grands noms et qui font de Knokke une station balnéaire de l’art. Pour moi, c’est un avantage. Elles contribuent à ma crédibilité. En parallèle, il existe aussi pas mal d’endroits qui proposent du kitsch, et qui se vend probablement très bien."Elle ne considère d’ailleurs pas ses confrères comme des concurrents. "Chaque galerie est différente. Et j’ai le sentiment que, comme jeune femme, je peux quand même sortir du lot." Avec certains, elle a même un petit groupe WhatsApp: "la bande des galeristes". "On se donne rendez-vous pour aller à la plage, nager dans la mer. On a vécu tellement de moments hilarants. On pourrait en faire une émission de téléréalité", plaisante-t-elle. "The real gallery owners of Knokke": bientôt à l’écran?Lauren Van Middelem Gallery, Zeedijk-Knokke 633 | www.laurenvanmiddelemgallery.com2 | Florian Araïb"À Knokke, je vends plus d’art à des Bruxellois que dans ma galerie bruxelloise""Le pire endroit pour voir une œuvre d’art, c’est une galerie d’art", avance Florian Araïb (31 ans). Et pourtant, le Knokkois vient d’ouvrir sa nouvelle galerie, Sept, sur la Kustlaan. "Nous sommes restés cinq ans sur la digue, au Zoute, mais il était temps de passer à une nouvelle adresse, plus grande." Le principal atout de cette rue commerçante? "Ici, on ne dépend pas de la météo. Sur la digue, quand il pleut, il n’y a personne. Ici, il y a toujours du passage: des gens qui viennent faire du shopping."© Wouter MaeckelbergheSi la galerie n’est pas l’endroit idéal, où découvre-t-on le mieux l’art? "Chez l’artiste, à l’atelier. On y voit l’artisanat, et on rencontre la personne derrière l’œuvre. Nos clients ne peuvent pas toujours visiter des ateliers aux quatre coins du monde, alors on essaie de donner un maximum d’informations et de transmettre la vision de l’artiste."Certains de ses clients achètent même uniquement à partir de photos. "La mentalité Zalando", sourit Florian Araïb. "Près de la moitié de nos œuvres partent aux États-Unis. Depuis la crise du coronavirus, beaucoup plus de gens achètent de l’art en ligne. En Europe, les clients osent commander en ligne jusqu’à 5.000 euros. Mais pour certains Américains, acheter une œuvre à 50.000 euros, c’est comme acheter une veste à 100 euros. Le shopping en ligne y est beaucoup plus ancré."Un shift mentalEn plus de Sept, dans sa ville natale, Florian Araïb exploite depuis dix ans une galerie portant son nom sur le Sablon, à Bruxelles. "À Knokke, je vends plus d’art à des Bruxellois qu’à Bruxelles même", plaisante-t-il. "Les clients ont du temps. Et il y a aussi un shift mental. Dès qu’ils garent la voiture, ils laissent derrière eux tout le stress de Bruxelles, d’Anvers ou de Liège. Je vends de l’art abstrait. Pour avoir un déclic, ressentir l’œuvre, en tomber amoureux, il faut être prêt mentalement, s’y ouvrir, s’y plonger. Et ça, à Knokke, ça marche beaucoup mieux. C’est ce qui rend Knokke unique pour moi."Florian Araïb a grandi dans la station balnéaire. "Ma mère a la réputation d’être la meilleure vendeuse de Knokke. Elle a des racines italiennes, et mon père est Marocain. La vente, c’est dans notre sang. Depuis mes 15 ans, je vends à Knokke. J’en ris souvent, mais en réalité, j’étais le premier Marocain à Knokke", confie-t-il. "Je voulais vraiment envoyer un signal fort en ouvrant une galerie ici."Lire aussi© Wouter MaeckelbergheAvec ses 250 tatouages, sa veste en cuir et ses bijoux imposants, il est à mille lieues du cliché du Knokke-boy. "Ma mentalité, c’est: I don’t give a damn. Je fais ce que je veux. Je travaille sept jours sur sept, je mets toute ma passion et mon énergie dans mes clients, mes artistes et mes galeries."Est-ce l’œuvre de sa vie? "J’appelle ça mon alter ego", rit-il. "J’ai toujours rêvé de créer quelque chose pour moi. À 21 ans, avec peu d’argent, j’ai ouvert ma première galerie à Bruxelles, après que plusieurs galeristes ont estimé que j’étais trop jeune et trop inexpérimenté pour travailler pour eux. Je l’ai pris comme un défi supplémentaire.""L’adrénaline me pousse à avancer dans la vie. Je suis accro aux challenges. Si vous voulez atteindre le sommet, il faut aussi travailler pour y arriver."Galerie Sept, Kustlaan 3 | www.galeriesept.com3 | Louis Buysse"L’art beige est populaire à Knokke, mais je choisis délibérément la couleur.""À Bruxelles, j’aurais déjà fait faillite depuis longtemps." Louis Buysse (33 ans) ne mâche pas ses mots. Le Brugeois a ouvert, il y a deux ans, une petite galerie sur la digue, au Zoute. "À Bruxelles, ces dernières années, plusieurs galeries ont dû fermer. J’ai moi-même travaillé dans la capitale et je sais comment l’écosystème y fonctionne."© Wouter MaeckelbergheQu’est-ce qui explique un tel succès à Knokke? "Ici, les clients ont davantage de moyens, c’est comme ça. Et puis, de plus en plus de Néerlandais, d’Allemands et de Luxembourgeois viennent à Knokke. Votre marché s’élargit immédiatement et il devient plus international. Sans compter que l’état d’esprit à la mer est totalement différent. À Bruxelles, les gens sont plus souvent fermés, pressés. Ici, quand les visiteurs poussent la porte, ils ont du temps. Ils posent des questions, s’intéressent, et ils écoutent les explications, les miennes ou celles de l’artiste.""J’aime choquer, j’ose penser 'out of the box'. Il faut du mordant dans l’art."Louis BuyssePour Louis Buysse, l’expérience de vente n’a rien à voir. "Les acheteurs laissent derrière eux le tumulte du quotidien à l’intérieur des terres et viennent se poser à la côte. Cela se ressent aussi dans ce qui vend le mieux. L’art beige est très demandé: une forme d’art qui apaise et qui s’intègre facilement dans un intérieur." Lui, pourtant, tient à proposer aussi des œuvres plus tranchées. "J’aime choquer, j’ose penser "out of the box". Il faut du mordant dans l’art."Une proposition uniqueIl a récemment présenté le travail de l’artiste allemand Willehad Eilers. "Pas un choix évident à Knokke: de grandes pièces colorées, chargées d’émotion, dans lesquelles se glissent des messages politiques." C’est justement là que réside la force de sa galerie, assure-t-il. "Du coup, je n’ai pas de concurrence à Knokke, parce que personne d’autre n’expose ce type d’art."Comment fait-il sa sélection? "Je ne regarde pas si un artiste est populaire ou s’il cartonne en ligne. La priorité, c’est la qualité des œuvres. Et puis, le lien que j’entretiens avec l’artiste est essentiel. Si le courant ne passe pas, j’arrête. Je travaille donc beaucoup à l’instinct et j’essaie de rester fidèle à moi-même, donc à l’ADN de la galerie."Lire aussi© Wouter MaeckelbergheQuel est son ADN, justement? "Question difficile", sourit-il. "En ce moment, je suis en pleine croissance, je cherche encore. Pour l’instant, l’ADN de la galerie, c’est surtout moi. Mais j’espère pouvoir le standardiser. Comme ça, la galerie devient "scalable" (évolutive) et, à l’avenir, on pourra ouvrir d’autres lieux."À ce stade, Louis Buysse n’a pas encore de projet concret pour de nouvelles adresses, mais il prévoit de déménager sa galerie dans un espace plus grand. Il espère y emménager l’an prochain. "Il est presque deux fois plus grand. Je pourrai enfin y organiser des événements et des dîners avec des clients et des artistes."Bien qu’il adore son métier, il rappelle toutefois que les difficultés rencontrées sont souvent sous-estimées. "Les gens s’imaginent que tenir une galerie, c’est uniquement accrocher quelques œuvres au mur. Évidemment que non. C’est un boulot 24/7: entretenir les relations avec les clients, gérer les réseaux sociaux et le site internet, vendre et livrer les œuvres, et partir à la recherche de nouveaux artistes." Changer de voie? "Non, jamais", rit-il. "Je ne saurais même pas quoi faire d’autre. C’est ma vie."Buysse Gallery, Zeedijk-Het Zoute 700 | www.buysse.galleryLire plusEnvie de visiter Knokke? Voici les lieux à ne pas manquerVous aimez la céramique? 4 artistes à découvrir entre Provence et OccitanieAxel Chay: "Je ne veux pas d’une grande entreprise avec beaucoup d’employés"
Comment Knokke est devenu un terrain de jeu pour une nouvelle génération de galeristes
Louis Buysse, Lauren Van Middelem et Florian Araïb incarnent le renouveau d’une scène artistique côtière longtemps restée fidèle à ses traditions. Entre paris audacieux, artistes émergents et clientèle en mutation, ils réinventent le métier de galeriste.






