Albums, expos, festivals, concerts, gaming... Toute la rédaction Culture de L'Écho s'y met chaque semaine pour vous livrer ses coups de cœur. À savourer sans modération!1. LA COLLECTIONÀ Tour & Taxis, à Bruxelles, la Proximus Art Collection fête ses trente ans avec une exposition qui dépasse largement le cadre de la collection d’entreprise. "Conversation Poem", imaginée par Catherine de Zegher et Isabelle De Jaegere, transforme l’ancien Hôtel des Douanes en vaste partition visuelle où 150 œuvres (sur les 400 que compte encore la collection) dialoguent entre elles autant qu’avec l’architecture industrielle du lieu.Le choix du site n’a rien d’anodin. Face à Kanal en construction et à quelques mètres du futur siège de Proximus, attendu ici en 2027, cette exposition agit comme une avant-première symbolique. Mais le projet évite le piège du storytelling corporate. Très vite, l’art reprend le dessus...Dans ce long bâtiment métallique aux accents new-yorkais, les commissaires ont construit un parcours fluide, sans cartels aux murs, invitant le visiteur à tisser lui-même les liens entre les salles. Le thème de la "conversation" irrigue l’ensemble: conversation entre les œuvres, entre les époques, entre les regards. Et surtout entre vitesse et lenteur...Un petit côté new-yorkais pour l'expo Proximus à l'Hôtel des Douanes de Tour & Taxis. ©Saskia VandersticheleEntre vitesse et lenteurCar plusieurs pièces majeures semblent précisément résister au monde de la communication permanente dont Proximus est pourtant l’un des acteurs centraux. Les salles consacrées au temps lent comptent parmi les plus belles. Les photographies de salles de cinéma de Hiroshi Sugimoto, obtenues en laissant l’obturateur ouvert durant toute la projection d’un film, condensent le mouvement dans une lumière spectrale. Plus loin, David Claerbout étire le temps dans un lent dézoomage hypnotique, réalisé avec l'intelligence artificielle.L’exposition multiplie ainsi les résonances: surveillance et vie privée chez Thomas Ruff, bureaucratie absurde chez Hans Op de Beeck, géopolitique des réseaux chez Alighiero Boetti, mémoire migratoire bouleversante chez Rineke Dijkstra.Certaines œuvres frappent durablement, comme le visage fracturé de l'Orphée de Giulio Paolini ou l’installation lumineuse d’Ann Veronica Janssens qui semble achever la progressive dématérialisation de la sculpture au cours du XXᵉ siècle.Après avoir vendu une partie de sa collection en 2024, Proximus signe ici un recentrage convaincant. "Conversation Poem" rappelle surtout qu’une collection d’entreprise peut encore produire un véritable geste curatorial. (Xavier Flament)EXPOSITION"Conversation Poem"★★★★★Catherine de Zegher et Isabelle De Jaegere, commissaires→ Du 14 mai au 24 juillet 2026, à l'Hôtel des Douanes de Tour & Taxis (Bruxelles)Stef Van Looveren, "Cosmic Body, first Incision" à voir au M HKA, à Anvers. ©M HKA2. L'ÉVÉNEMENT12ᵉ Antwerp Art Weekend jusqu'à dimanche à AnversAnvers se transforme en galerie à ciel ouvert. Jusqu’à dimanche, l’Antwerp Art Weekend déploie 88 lieux et événements à travers la ville, des institutions comme le M HKA aux espaces indépendants, péniches, sous-sols ou anciens bâtiments judiciaires réinvestis par la création contemporaine. Plus qu’un parcours arty, cette 12ᵉ édition capte l’énergie d’une scène flamande en pleine recomposition, attentive aux jeunes artistes, aux récits postcoloniaux et aux formats hybrides mêlant performance, son, vidéo et installation.Parmi les temps forts: les jeunes diplômés de la Royal Academy, les installations de Sammy Baloji à Kunsthal Extra City ou encore les projets disséminés dans le port. Un week-end dense, expérimental et ouvert, à l’image d’Anvers elle-même. (Xavier Flament)→ 12 édition de l’Antwerp Art Weekend, jusqu’au dimanche 17 mai, à Anvers: antwerpartweekend.beLe Beursschouwburg, haut lieu du KunstenFestivaldesArts, à Bruxelles. ©Mariana Machado3. LE FESTIVAL31e KunstenFestivaldesArtsLe KunstenFestivaldesArts reprend possession de Bruxelles. Jusqu’au 30 mai, sa 31e édition déploie 29 projets dans 24 lieux, d’une piscine des Marolles à un parking moderniste, en passant par les Brigittines ou les Halles de Schaerbeek. Plus qu’un festival de scène, le KFDA confirme sa place de laboratoire international où théâtre, danse, arts visuels et cinéma se contaminent mutuellement. Cette année, le fil rouge est celui d’un monde "malléable", traversé par les crises, les récits fragmentés et les vérités instables. Parmi les temps forts: la création immersive d’Apichatpong Weerasethakul, les performances d’Emmanuel Van der Auwera sur l’ère post-vérité ou encore les expériences chorégraphiques de Dana Michel et Bouchra Ouizguen. Bruxelles devient ici terrain d’expérimentation artistique autant que miroir politique. (Xavier Flament)→ Le 31ᵉ KunstenFestivaldesArts se tient jusqu’au 30 mai, à Bruxelles: www.kfda.beLa fameuse "Pornocratès" de Félicien Rops (1878) avait ému la Biennale de Venise en 1926. ©Musée Félicien Rops4. L'EXPOFélicien Rops à la Biennale de Venise... 1926Et si Venise passait cette année par Namur? À l’occasion du centenaire de la participation de Félicien Rops à la Biennale de Venise de 1926, le musée Rops propose un parcours-focus inédit. L’exposition retrace un moment-clé: la grande rétrospective consacrée à Rops à Venise, près de trente ans après sa mort, unique exposition monographique jamais dédiée à l’artiste dans le cadre de la Biennale.Dessins, huiles, aquarelles et gravures dialoguent ici avec l’histoire de leur propre circulation internationale, de "Pornocratès" aux œuvres issues des collections Odry et Exsteens. Une manière élégante de relire Rops non comme un simple provocateur belge du XIXᵉ siècle, mais comme un artiste dont l’imaginaire décadent fait mouche dans une Biennale 2026… au bord de l’apoplexie → relire notre reportage à Venise du 8 mai. (Xavier Flament)→ Jusqu’au 22 novembre: www.museerops.beMIXTAPE | Release Date Trailer5. LE JEU VIDÉO"Mixtape", BO de l’adolescenceLa bande-son d’un dernier été entre potes dans les années 90. C’est comme ça que se présente "Mixtape", entre concept-album, film indé et jeu vidéo. Pêle-mêle, on dévalera du macadam en skateboard, on jettera des rouleaux de "pq", on cherchera des bouteilles d’alcool dans une maison abandonnée. Tout est accompagné de chansons soigneusement sélectionnées par Stacy, nerd incollable et personnage principal. Évidemment, à la manière des films de passage à l’âge adulte, comme "Breakfast Club" ou "La Folle Journée de Ferris Bueller", on est dans le fantasme absolu. Bien sûr, aucun ado n’a jamais vécu ce que fait vivre "Mixtape" mais c’est ce qui confère de l’universalité à son propos. (Thomas Casavecchia)→ "Mixatpe", par Beethoven and Dinosaur, édité par Annapurna Interactive. Sur PS 5, Xbox Series, Nintendo Switch 2, 19 euros.