Passionné de mode, Jean-Brieuc Chevalier coud… le bois. Chêne, wengé, noyer : dans son atelier d’Angers, il crée de luxueuses œuvres de marqueterie brodées de verre et de nacre. Jean-Brieuc Chevalier, dans son atelier d’Angers, le 22 mai 2026. Derrière lui, le paravent Mille Fleurs. Photo Lorraine Turci pour Télérama Par Xavier de Jarcy Publié le 06 juin 2026 à 15h30 Chef-d’œuvre. Le paravent Mille Fleurs, de l’ébéniste créateur Jean-Brieuc Chevalier, est comme une prairie au printemps où s’ébattent des lapins. Ses panneaux en marqueterie de bois sont brodés d’innombrables perles de verre figurant une profusion de feuillages et de pétales. L’effet est chatoyant, scintillant, magique. Il a demandé trois ans d’efforts. Cet objet unique a valu à son auteur le Prix de l’intelligence de la main 2025, décerné par la Fondation Bettencourt-Schueller. L’artisan d’art ne sait pas s’il a inventé la broderie sur bois, mais il est presque seul au monde à la pratiquer, dans son atelier angevin, au bord de la Maine, entouré d’une équipe de dix personnes. L’une d’elles programme les décors sur ordinateur ; une grande machine numérique perfore ensuite de milliers de trous minuscules les feuilles de placage. Deux ébénistes brodeuses y placeront les perles, dans un autre atelier, de l’autre côté de la rivière. Les pièces de marqueterie de chêne, de sycomore, de noyer ou de wengé sont, elles, découpées au laser, puis collées à la main sur les meubles, comme pour un puzzle. Couvrir le plateau d’une table prend deux mois à temps plein. Il ne reste plus qu’à poncer et vernir. Cette alliance du geste, du logiciel et de la machine est assumée. « Cela n’enlève rien à la main, mais ouvre le champ des possibles. Et l’important, dans nos métiers, consiste surtout à savoir choisir et mélanger les bois. » Admiratif des tapisseries médiévales Né à Brest il y a quarante et un ans, Jean-Brieuc Chevalier, fils d’un expert-comptable et d’une mère travaillant à la Banque de France, se destine d’abord à la couture : « J’ai fabriqué les robes de mariage de mes sœurs. Je faisais plein de déguisements, dont un costume de druide orné de feuilles de lierre, que j’ai gardé. » Faute d’école de mode à son goût en Bretagne, il suit un CAP d’ébénisterie à Tréguier : « J’aimais ça : ce n’était pas un crève-cœur. » En 2011, il obtient son diplôme des métiers d’art à Sablé-sur-Sarthe après avoir cousu ensemble des éléments de placage : « J’ai eu dix-neuf et demi sur vingt ! » Il s’installe alors à Angers, où il vit les débuts difficiles de tout artisan qui doit investir dans un atelier et du matériel. Il découvre en même temps les œuvres tissées de Jean Lurçat (1892-1966), dont le musée est situé juste à côté de ses établis, et la tapisserie médiévale de l’Apocalypse, exposée au château qui surplombe la ville. Mais c’est une tenture Renaissance saturée de fleurs et d’animaux stylisés, vue au musée-château de Villevêque, à Rive-du-Loir-en-Anjou, qui a inspiré son paravent. « Quand je l’ai vue pour la première fois, j’ai pensé que c’était l’œuvre d’un artiste contemporain ! » À lire aussi : Cécile Gray, la designer textile qui transforme le métal en dentelle Entre les stridences des scies et les coups de téléphone urgents, Jean-Brieuc Chevalier garde calme et sourire. Il répond à de nombreuses commandes de mobilier pour des designeurs ou des architectes d’intérieur. Cela lui permet de financer la partie plus personnelle de son activité, dont le fameux paravent. En une dizaine d’années, il s’est imposé comme un artisan d’exception, mais surtout un concepteur à part entière, partenaire des marques de luxe. Elles l’apprécient car son univers et son savoir-faire évoquent la haute couture. Il a aussi confectionné des éléments pour le premier paquebot à voiles Orient Express-Corinthian, qui vient d’être lancé, dont des malles à jeux en marqueterie de toute beauté. Et il travaille sur les lampes brodées d’un autre trois-mâts, prévu pour 2027. De même, on retrouvera sa patte sur les têtes de lit du palace sur rails Orient Express, résurrection du train mythique, dont les aménagements ont été présentés l’année dernière, dans un style néo-Arts déco. Ce courant « moderne, mais avec le goût du décor bien fait », lui va bien. Avec Jean-Brieuc Chevalier, l’artisanat d’art embarque pour des territoires imaginaires inexplorés. Le trusquin de Jean-Brieuc Chevalier. Photo Lorraine Turci pour Télérama SON OBJET : LE TRUSQUINJean-Brieuc Chevalier possède une collection d’outils anciens joliment travaillés, que lui ont donnés les héritiers d’un ébéniste après avoir lu un article sur lui dans le journal. Des rabots à moulure, par exemple. Et un trusquin, sorte de pied à coulisse équipé d’une pointe. Après avoir déterminé la position de celle-ci sur la surface de référence, on verrouille en serrant une vis, on fait glisser, et la pointe trace une ligne droite. L’instrument sert à faire des assemblages dits en « queue d’aronde » ou des incrustations de filets en marqueterie, en creusant entre deux repères parallèles. « Le trusquin est le premier outil que j’ai fabriqué quand j’ai commencé mon CAP d’ébénisterie. Je l’aime bien, j’ai fait toutes mes études avec. » Arts Artisanat Métiers d'art Mode Beau geste Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
Jean-Brieuc Chevalier, l’ébéniste qui brode des perles sur du bois
Passionné de mode, Jean-Brieuc Chevalier coud… le bois. Chêne, wengé, noyer : dans son atelier d’Angers, il crée de luxueuses œuvres de marqueterie brodées de verre et de nacre.










