Publié le 29/05/2026 18:16
Mis à jour le 29/05/2026 21:07
Temps de lecture : 3min - vidéo : 4min
Le "13 Heures découverte" vous emmène en Bretagne, à la rencontre de Jean-Yves Le Bot, ébéniste marqueteur. Un métier rare, celui d'apprendre l'histoire des meubles pour leur redonner vie. Un artisanat essentiel à la préservation de notre patrimoine.. Nos équipes l'ont suivi dans son quotidien.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.Dans la campagne bretonne, à Saint-Jean-la-Poterie (Morbihan), le vert du printemps s'étend à perte de vue. Mais pour Jean-Yves Le Bot, ce jour-là ressemblerait plutôt à un matin de Noël. Il vient de recevoir le plus beau des cadeaux : une horloge du XVIIIe siècle. Une pièce exceptionnelle : "C'est un peu mon âme d'enfant quand je découvrais les cadeaux de Noël et que je croyais que c'était le Père Noël. Du coup, c'est un peu le Père Noël, encore", se réjouit l'ébéniste marqueteur.Jean-Yves Le Bot restaure les meubles anciens, et il a une spécialité : la marqueterie. Un art né au XIVe siècle et qui consiste à réaliser un décor fait de plaquages de diverses matières. Ici du laiton, de la nacre et de la corne. Un premier examen montre que l'horloge a subi les outrages du temps : "Là, on a des lacunes. Ici, on va avoir des usures. Là, par exemple, le laiton, il est tout collé. Et il est réduit à rien, pratiquement", pointe le spécialiste. Pour restaurer l'horloge, l'artisan doit se mettre dans la peau de l'artiste qui l'a créée il y a presque trois siècles. "Tu vas devoir deviner les outils avec lesquels il l'a fait. Et puis, je vais voir dans quel sens il est allé. Je vais savoir s'il est gaucher ou droitier, par exemple", explique Jean-Yves Le Bot.Pour ce meuble, Jean-Yves Le Bot ne prévoit pas moins de 250 heures de travail étalées sur une année. Un ouvrage long et minutieux, qui consiste à remplacer de minuscules pièces de décor comme une feuille qu'il a sculptée dans de la corne de bovin. "Il faut de la patience, évidemment, et de la persévérance. Parce que vous voyez, ça va pas du premier coup. Et puis, on pourrait vite se décourager, il faut être persévérant en se disant, voilà, ce coup-ci c'est pas bien, la prochaine fois je ferais mieux", souligne le marqueteur.Métier d'art, la marqueterie repose sur des gestes précis et complexes. Métier rare, il ne doit son salut qu'à la transmission. Blandine Thomas, étudiante dans une prestigieuse école d'art, l'école Boulle, va apprendre durant trois mois aux côtés de Jean-Yves. "C'est un métier qu'on a depuis très longtemps dans notre histoire, et qu'on peut encore faire valoir sur du mobilier contemporain, par exemple, ou des œuvres d'art. C'est un métier qui ne devrait pas disparaître", assure la jeune femme. "Il faut vraiment transmettre, leur donner ce qu'on a acquis. Je ne vais pas emmener mon métier au cimetière", pointe Jean-Yves Le Bot.D'autant que le travail de Jean-Yves est reconnu par les plus grandes institutions. Direction le château d'Azay-le-Rideau, en Indre-et-Loire. L'artisan va faire découvrir à sa stagiaire les nombreux meubles dont il a restauré la marqueterie, comme une table de jeu, un billard ou encore des armoires basses. En compagnie du directeur du château venu à leur rencontre, ils peuvent s'approcher des œuvres normalement tenues à distance des visiteurs."La partie est gravée, là, elle n'est pas gravée, donc, du coup on sait parfaitement que cette partie-ci a été refaite", souligne Jean-Yves en montrant le détail d'un meuble. Ces restaurations, qui ont nécessité une année entière de travail, ne laissent pas notre marqueteur de marbre. "C'est toujours émouvant, et puis je suis rassuré parce que je vois que mes interventions ne vieillissent pas si mal que ça." "Ça fait 10 ans maintenant qu'ils sont restaurés, qu'ils voient passer plus de 300 000 visiteurs par an, et donc, écoutez, c'est un travail qui a été fait de main de maître", assure de son côté Benoît Grécourt, administrateur du Château d’Azay-Le-Rideau (Indre-et-Loire).Un travail également apprécié des visiteurs qui, ce jour-là, ont eu la surprise de croiser l'artiste devant son œuvre. "J'aime bien, et puis ça reste en plus, comment dire, authentique, on ne sent pas que ça a été restauré hier", commente un homme. "On a l'impression que le meuble, il est d'époque, il est resté tel qu'il est. C'est peut-être ça, finalement, la plus belle réussite", ajoute un autre. "Effectivement, c'est la plus belle réponse que vous puissiez faire, parce que ça veut dire que mon intervention ne se voit pas ou ne se voit plus", lui répond Jean-Yves Le Bot.L'artisan a redonné à ces meubles une seconde jeunesse, et fait passer son travail de marqueteur à la postérité.











