Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement International International International Géopolitique Géopolitique Géopolitique Le sinologue, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales explique, dans un entretien au « Monde », comment la sphère intellectuelle chinoise réagit et vit sous la censure. Article réservé aux abonnés Sinologue et spécialiste de l’histoire intellectuelle et culturelle de la Chine et de Hongkong, Sebastian Veg est notamment l’auteur de Minjian. The Rise of China’s Grassroots Intellectuals (« Minjian, l’éveil des intellectuels chinois issus du peuple », Columbia University Press, 2019, non traduit). Dans quel contexte social et intellectuel Xi Jinping arrive-t-il au pouvoir, en 2012 ? De la fin des années 1990 au début des années 2000, des secteurs tels que le journalisme, le monde académique et la culture connaissent une relative ouverture, en raison de plusieurs facteurs structurels. D’abord, l’accélération des réformes économiques et des privatisations entraînent une marchandisation croissante de la société, notamment dans les médias et la culture. L’émergence d’acteurs non étatiques y crée des espaces de négociation avec le pouvoir et de nouvelles marges de liberté afin de dégager davantage de profits, quitte à jouer avec les limites de la censure, car publier des articles sur des sujets sensibles fait vendre. Ensuite, le développement d’Internet, dans sa phase initiale, offre de nouveaux espaces d’expression que les autorités peinent à réguler efficacement. Enfin, l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce [en 2001] s’accompagne de réformes juridiques nécessaires pour attirer les investissements étrangers, et plus largement pour intensifier les échanges internationaux, qu’il s’agisse du tourisme, de la mobilité étudiante, des échanges artistiques et culturels ou d’événements sportifs comme les Jeux olympiques de 2008. Cependant, cette dynamique commence déjà à s’essouffler quand Xi Jinping arrive au pouvoir, en 2012. Pour certains dirigeants, les rendements économiques des réformes commencent à décroître. Pour d’autres, les risques sociaux et politiques qu’elles comportent menacent la mainmise du parti sur le pouvoir. Quels changements Xi Jinping opère-t-il à son arrivée au pouvoir ? Son arrivée est marquée par un double mouvement : la répression et le repli. Le « document nᵒ 9 » de 2013 [une circulaire sur la situation idéologique, destinée aux cadres du parti] constitue un tournant, dans la mesure où les secteurs les plus dynamiques du monde intellectuel sont explicitement visés. Il est suivi de mesures concrètes – des lois mémorielles sanctionnant l’« outrage aux martyrs » du parti, ainsi que l’encadrement accru des avocats et des ONG, qui affectent fortement les médias, la culture et l’université. Il vous reste 77.4% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.