Bruno RaveschotResponsable du service Investir11 juin 2026Aujourd'hui à 18:44En remontant ses taux pour répondre au choc énergétique qui ravive l’inflation, la Banque centrale européenne risque de sacrifier la croissance économique en zone euro. Sa décision souligne sans doute la nature étriquée de son mandat, qui la contraint à veiller à la seule stabilité des prix.Pour la première fois depuis près de trois ans, la Banque centrale européenne (BCE) a donc décidé de relever ses taux d’un quart de pourcent ce jeudi, afin de réagir au retour de la menace inflationniste. C’est une décision importante, qui la positionne comme la première des grandes banques centrales à resserrer les cordons de sa politique monétaire pour faire face au choc énergétique lié à la guerre au Moyen-Orient.C’est aussi une décision lourde de conséquences, puisque ce renchérissement des coûts d’emprunt ne manquera pas de se faire sentir sur l’ensemble des acteurs de la zone euro. Surtout s'il marque le début d’un nouveau cycle de remontée des taux.Prise à l’unanimité au sein de son conseil des gouverneurs, l’annonce n’a clairement surpris personne sur la forme, car elle était largement attendue. Mais, sur le fond, il faut bien avouer que cette hausse de taux est assez surprenante et même très étrange, en raison de la nature du mal qu’elle entend combattre, mais aussi du mal qu’elle pourrait occasionner. De nombreux économistes l’ont d’ailleurs déjà critiquée en ce sens avant même qu’elle ne soit confirmée.La croissance sacrifiée sur l'autel de l'inflation?Le problème que ces derniers soulèvent tient d’abord au fait que le niveau élevé de l’inflation est presque exclusivement alimenté par la hausse des prix de l’énergie découlant du blocage du détroit d’Ormuz au Moyen-Orient. Un élément sur lequel la BCE n’a aucune emprise et auquel son relèvement de taux ne peut directement s’adresser. L’autre souci concerne la croissance actuellement très fragile de la zone euro qu’une telle décision pourrait encore davantage fragiliser, au risque de précipiter son économie vers la récession. Il y aurait, en fait, presque lieu de se demander si la manœuvre n’a pas précisément pour but de sacrifier cette croissance pour freiner indirectement l’inflation en plombant la consommation des ménages et des entreprises.Il n’est bien sûr pas question ici de faire un procès d’intention à la BCE, mais plutôt de rappeler que l’institution n’a de ce côté-ci de l’Atlantique pour seul mandat que d’assurer la stabilité des prix, contrairement à la Réserve fédérale américaine qui doit aussi veiller à la santé du marché du travail et donc à la croissance économique. Une anomalie historiquement liée aux exigences d’un poids lourd comme l’Allemagne, tétanisée par l’hyperinflation qui l’a frappée au début des années 1920.Reste que ce mandat étriqué de la BCE la confine dans un rôle incomplet qui ne fait que souligner, une fois encore, le caractère inachevé de l’intégration européenne.
Édito | La BCE devrait aussi veiller à la croissance
En remontant ses taux pour répondre au choc énergétique qui ravive l’inflation, la Banque centrale européenne risque de sacrifier la croissance économique en zone euro. Sa décision souligne sans doute la nature étriquée de son mandat, qui la contraint à veiller à la seule stabilité des prix.
La BCE relève les taux de 0,25% contre l'inflation énergétique d'Hormuz, mais cette inflation échappe à la politique monétaire. Cette hausse sacrifie la croissance fragile pour freiner indirectement l'inflation, révélant le mandat étroit de la BCE (prix seulement vs croissance chez la Fed).












