Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Culture Culture Culture Tribune Collectif Les réalisateurs russes, israéliens, iraniens ne sauraient être menacés d’effacement pour expier des crimes commis par des gouvernements dont ils sont souvent les plus fervents pourfendeurs, estime un collectif de personnalités du cinéma, parmi lesquelles Natalie Portman, Justine Triet et Jacques Audiard, dans une tribune au « Monde ». Publié aujourd’hui à 09h08 Temps de Lecture 2 min. Article réservé aux abonnés Le cinéaste Nadav Lapid ne se rendra pas au Festival de cinéma international de Marseille, malgré l’invitation qu’il avait reçue. Les pressions, les menaces de retrait, les appels au boycott venant d’activistes anti-israéliens auront eu raison d’abord de sa présence au sein du jury, puis de sa présence tout court. Que le plus grand artiste dissident israélien, œuvrant inlassablement à dénoncer les dérives fascistes et colonialistes de son gouvernement, ses faillites morales criminelles, dans des films primés dans le monde entier, soit amené à se retirer d’un festival français doit nous alerter et nous mobiliser au-delà de cette aberration. Nous alerter sur l’évidence : quels que soient les crimes commis par son Etat, personne ne saurait être réduit à un passeport. Nous mobiliser ensuite pour nous amener à réfléchir collectivement aux outils qui protégeraient les programmateurs, les exploitants, les diffuseurs, les critiques et les artistes des pressions extérieures, seuls face aux menaces pesant sur des structures parfois précaires. La nécessité de penser l’inaction politique et d’y résister ne peut se jouer dans l’annulation d’une voix. Qu’est ce qui fait soutien d’un Etat criminel, qu’il soit russe, iranien, ou israélien, quand il est question de cinéma ? A quel niveau de financement public décide-t-on qu’une œuvre ou son auteur, fût-il le plus critique, se fait le porte-parole d’un gouvernement criminel ? Et du reste, y a-t-il un seuil critique nécessaire envers l’Etat en question pour avoir le droit d’exprimer son opinion et projeter son travail ? Rien ne justifie l’annulation de la parole d’un artiste. Levier de contestation Le boycott culturel de Nadav Lapid est une faillite intellectuelle. Les cinéastes russes, israéliens, iraniens ne sauraient être menacés de disparition pour expier des crimes commis par des gouvernements dont ils sont souvent les plus fervents pourfendeurs. A ceux qui voudraient penser qu’en les désinvitant on fait pression sur leurs Etats, nous répondons que c’est en continuant sans relâche de les inviter que ce levier de contestation se poursuit. En témoigne la récente adresse du réalisateur russe Andreï Zviaguintsev à Vladimir Poutine, [l’exhortant à « mettre fin [au] carnage » en Ukraine] lorsqu’il vint recevoir sur scène le Grand Prix du Festival de Cannes pour son film Minotaure. Il vous reste 34.54% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.