Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Cinéma Cinéma Cinéma Chronique Michel Guerrin Rédacteur en chef au « Monde » Le soutien apporté au réalisateur israélien par de nombreuses personnalités du cinéma français révèle en creux l’incapacité des institutions culturelles et des responsables politiques à en faire autant, quand bien même les artistes attaqués pour leur nationalité sont de fervents opposants à la politique menée par leur pays, déplore Michel Guerrin, éditorialiste au « Monde », dans sa chronique. Publié aujourd’hui à 05h45, modifié à 12h24 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés On se demandait jusqu’à quand le monde culturel allait se taire face aux appels à boycotter les artistes israéliens en France. Ce qui se passe depuis quelques jours autour de Nadav Lapid marque une date. Un sursaut. Deux tribunes en soutien du cinéaste, publiées dans Le Monde, disent grosso modo que ça suffit de réduire un créateur à son passeport. Ça suffit de nier ses mots, ses actes, son œuvre. D’autant que le moment est stupéfiant : Nadav Lapid parle la même langue que ses contempteurs. Exilé en France, il dénonce la politique « génocidaire » de son pays et du premier ministre, Benyamin Nétanyahou. Le feu part début juin, quand on apprend que le réalisateur, Ours d’or à Berlin en 2019 pour Synonymes et dont le dernier film, Oui, avait fait sensation à Cannes en 2025, annulait sa présence au FID, le Festival international de cinéma de Marseille, qui se tient du 7 au 12 juillet. Il devait faire partie du jury. Puis animer une master class. Mais douze cinéastes, opposés à sa venue, ont décidé de retirer leurs films de ce festival. La suite est banale : pressions, menaces sur le festival et Nadav Lapid se retire de lui-même, en précisant au Nouvel Obs du 9 juin que les organisateurs étaient plutôt soulagés de cette issue. Le boycott du cinéaste repose en grande partie sur le fait que son film Oui est financé par l’Israel Film Fund. L’homme ne serait pas ciblé mais l’artiste, qui a trouvé de l’argent dans une institution liée au pays honni. Alors qu’il lui manquait autour de 10 % pour boucler le budget de Oui, le cinéaste s’est tourné vers l’Union européenne, qui a dit non, trouvant le sujet trop anti-israélien. Il va voir alors un organisme israélien, qui, non sans courage, accepte et confirme sa réputation d’indépendance. La situation est cocasse : si Bruxelles, plus conciliant avec le régime de Benyamin Nétanyahou que l’Israel Fund, avait dit oui, il n’y aurait pas eu de boycott. On pensait en rester là, comme souvent, sauf que de nombreuses figures du cinéma français, connues pour la plupart pour dénoncer le régime israélien, trouvent ubuesque le sort fait à Nadav Lapid. Ras-le-bol, disent-ils en substance. Une première tribune, le 8 juin, intitulée « Le cinéma n’est pas une ambassade », est signée par 350 personnalités, dont les réalisateurs Justine Triet, Arnaud Desplechin, Arthur Harari ou Mati Diop, ainsi que les acteurs Louis Garrel et Niels Schneider, et l’écrivain et ancien ambassadeur de la Palestine à l’Unesco Elias Sanbar. Il vous reste 58.77% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.