Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Affaire Lyhanna Affaire Lyhanna Affaire Lyhanna Éditorial Le Monde Après les « défaillances graves » de la justice relevées par Gérald Darmanin, garde des sceaux, le risque est grand de tomber dans un populisme anti-juge. Une refonte de la politique judiciaire sur le sujet nécessite une poursuite des efforts budgétaires en faveur de la Place Vendôme. Publié aujourd’hui à 11h00, modifié à 11h52 Temps de Lecture 2 min. L’émoi du pays est à la hauteur de l’horreur des faits et des soupçons de dysfonctionnements de la justice. Lyhanna, 11 ans, a été retrouvée morte, jeudi 4 juin, dans un ancien silo à grains, entre deux villages du Gers. Elle avait disparu sept jours auparavant à la sortie du collège. Une marche blanche lui a rendu hommage, dimanche 7 juin, réunissant plus de 6 000 personnes dans la commune de Fleurance (Gers). Le principal suspect, Jérôme B., 41 ans, a été mis en examen pour « enlèvement et séquestration » avant d’être incarcéré. Malgré quatre plaintes pour viols sur mineurs et deux signalements, dont un pour « comportement inapproprié » envers une lycéenne, Jérôme B. n’avait jamais été entendu auparavant par les enquêteurs. C’est cette absence de réaction qui pose de légitimes questions sur le fonctionnement de la chaîne pénale. Il n’est, en effet, pas acceptable de savoir que le mis en cause avait été visé en août 2025 par une plainte concernant une enfant de moins de 10 ans dénonçant des viols répétés, et qu’il n’a pas été entendu dans cette affaire, alors même que son profil était signalé dans les fichiers judiciaires. Le ministre de la justice, Gérald Darmanin, affirme qu’« il y a eu des défaillances graves ». L’enquête de l’inspection générale de la justice, dont les conclusions seront rendues sous quinze jours, devra faire la lumière sur ces responsabilités. Créer un parquet national spécialisé Dans l’attente de ce travail, le risque est grand de tomber dans un populisme judiciaire, en accusant les magistrats – en l’espèce ceux du parquet – de tous les maux. Le laxisme reproché à la justice, notamment concernant la répression des crimes sexuels, n’est pas confirmé par les chiffres. Entre 2017 et 2022, le nombre de condamnations pour infractions sexuelles a ainsi augmenté de 14 %, et 93 % des auteurs majeurs de viol ont été condamnés, sur la même période, à une peine privative de liberté ferme, selon les chiffres de la chancellerie. De même, proposer une mise sous tutelle des procureurs par le pouvoir politique, contestant leur indépendance, comme le laisse entendre le président du parti Les Républicains, Bruno Retailleau, dans un entretien au Parisien, le 7 juin, est une mauvaise idée. Cela s’oppose au principe de séparation des pouvoirs. Une telle mesure serait funeste, a fortiori en cas d’élection d’un pouvoir illibéral. A rebours de ces calculs politiques, la campagne présidentielle qui débute devrait être le bon moment pour lancer des propositions de fond et les soumettre au débat. Il serait ainsi judicieux de réfléchir, par exemple, à la proposition formulée par Vanessa Bousardo, ancienne vice-bâtonnière du barreau de Paris, de créer un parquet national destiné aux violences sexistes et sexuelles, sur le modèle de ce qui existe pour le narcotrafic et le terrorisme. Inspirée par l’Espagne, cette instance permettrait, selon ses promoteurs, une meilleure coordination de l’action judiciaire en matière de criminalité sexuelle. Quelle que soit la réforme envisagée, elle nécessitera, sans aucun doute, des moyens supplémentaires. Certes, le budget de la justice a progressé sous Emmanuel Macron (plus de 54 % d’augmentation entre 2017 et aujourd’hui). Cela a permis, notamment, un plan de recrutement massif de magistrats et de greffiers. Mais cela n’a pas suffi pour que la France rattrape son retard sur certains de ses voisins européens, notamment l’Allemagne. Cet effort est à poursuivre. Même dans un moment de fragilité économique, la justice doit rester une priorité. Le Monde
Crimes sexuels : repenser la réponse pénale et soutenir la justice
ÉDITORIAL. Après les « défaillances graves » de la justice relevées par Gérald Darmanin, garde des sceaux, le risque est grand de tomber dans un populisme anti-juge. Une refonte de la politique judiciaire sur le sujet nécessite une poursuite des efforts budgétaires en faveur de la Place Vendôme.













