Publié le 02/06/2026 22:49

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De Gaulle, c'est aussi un héritage familial compliqué. La Boisserie, la demeure familiale historique du général, ses héritiers ne sont pas d'accord : doit-elle être vendue, et à qui ? Désormais même les politiques s'en mêlent, jusqu'au président de la République. L'Œil du 20h a enquêté.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.La demeure tant aimée du général de Gaulle est au cœur des convoitises. À La Boisserie (Haute-Marne), illustre maison familiale, l'histoire s'est souvent invitée, comme en 1958 avec la réception du chancelier allemand. Aujourd'hui, propriété des petits-fils, son avenir inquiète. Si la demeure était vendue, dans quelles mains pourraient atterrir les clés de La Boisserie ? La question divise jusqu'au sommet de l'État.Lors de la venue de l'Oeil du 20 Heures à La Boisserie, l'équipe a eu droit à la traditionnelle visite des lieux. "C'est le bureau. C'est là où le général a écrit ses fameuses mémoires. Vous voyez, par la fenêtre, il voyait un très, très beau point de vue. On voit là jusqu'à 15-20 kilomètres droit devant", décrit Aurore Jacquinot, la guide. Si les visiteurs peuvent accéder pour découvrir l'intérieur, la caméra de l'Oeil n'est pas la bienvenue, ce jour-là. "La maison aujourd'hui appartient toujours à la famille. En plus, c'est privé, c'est familial", s'explique la guide. Mais surtout, La Boisserie est au cœur d'une guerre d'héritage. Lors du décès du fils du général de Gaulle, Philippe, en 2024, les quatre petits-fils héritent notamment de la demeure. Dix mois plus tard, ils décident de se séparer d'une partie des biens du général. Les quatre frères décident d'offrir l'original de l'appel du 18 juin à l'État. Aux enchères, les autres biens atteignent des sommets : 530 000 euros pour une montre, ou encore sa carte militaire, estimée 1 000 euros, est adjugée finalement à 60 000.Voilà qui inquiète jusqu'au sommet de l'État : La Boisserie serait-elle la prochaine sur la liste ? "À partir du moment où il y a eu cette vente, s'est installée cette idée que peut-être ce lieu pourrait échapper à la France. Il y a eu à un moment donné une rumeur sur le fait que des Chinois ou des Russes pourraient éventuellement acquérir La Boisserie. Cela a évidemment alerté l'État. J'en ai parlé à ce moment-là avec Emmanuel Macron", raconte Jean Luc Barré, historien et auteur de De Gaulle, une vie aux éditions Grasset.Le scénario est plausible à y regarder de plus près, car l'aîné des petits-fils, Charles, ancien député européen sur la liste de Jean-Marie Le Pen, a décidé de vendre ses parts à son frère, Pierre de Gaulle, qui possède désormais 50% du lieu. Or, l'homme fort de La Boisserie n'a pas hésité à se rendre en Russie en pleine guerre ukrainienne comme ici en 2023, et il ne cache pas son admiration pour Vladimir Poutine. "Il a redonné la fierté de son pays, a fait de son pays une grande puissance. Je le respecte tout simplement parce qu'il a tiré son pays de la ruine. On ne peut pas dire la même chose de Macron", confiait-il sur Sud Radio, le 24 avril 2024.Contacté, Pierre de Gaulle n'a pas souhaité répondre. Contrairement à l'autre clan des petits-fils de Gaulle, Jean, mais surtout Yves. Eux sont favorables à une vente si et seulement si le lieu reste public. "Pour moi, l'avenir de La Boisserie, c'est devenir la maison de tous les Français. Peut-être qu'il aurait fallu régler le problème plus tôt, mais en attendant, maintenant, le moment est venu de faire en sorte que ce soit une collectivité publique qui reprenne La Boisserie et qui la gère. C'est ma position depuis très longtemps, je la maintiens, et je suis évidemment prêt à faire tout ce qu'il faut pour ça", affirme Yves de Gaulle.Ces divisions inquiètent de plus en plus l'Élysée. Emmanuel Macron, en personne, s'est emparé du dossier. Contactée, une source proche du président confirme : "Pour le président, les choses sont claires. La Boisserie doit être sous contrôle de l'État, gérée par le Centre des monuments nationaux, dont c'est la vocation." Un classement au titre des monuments historiques a donc été lancé, pour pouvoir préempter la vente.La querelle de famille devient alors politique. Le gérant actuel de La Boisserie, le département de la Haute-Marne, s'agace, car c'est lui aujourd'hui le favori de la famille et il tient à veiller sur ce lieu. "Il y a un entretien classique de cette maison à faire parce que cette maison, vieillit. Les objets, les tableaux, aujourd'hui, vous n'avez pas de film aux fenêtres, les rayons du soleil les abîment chaque jour. l'État n'avance pas avant l'été ou avant le mois de septembre, le département fera une proposition d'achat à la famille", prévient Nicolas Lacroix, le président du Conseil départemental de la Haute-Marne.Encore faut-il se mettre d'accord sur sa valeur. Si elle a été évaluée 800 000 euros par un organisme public, d'autres estimations privées montent à plusieurs millions, selon le maire de Colombey-les-Deux-Églises. Quant à Pierre de Gaulle, il céderait désormais ses 50% au département, à quelques conditions près. "Pierre, ce que je sais, parce qu'il en a parlé devant nous, lui, il veut bien vendre, mais à condition de pouvoir continuer de jeter un œil sur La Boisserie, sur sa gestion future, et de pouvoir continuer d'y accéder. Tu peux avoir des envies, mais après, si à côté tu souhaites la vendre, tu ne peux pas être propriétaire et avoir été", explique Pascal Bouabot Maire de Colombey les Deux Églises (Haute-Marne).La partie est donc loin d'être finie. Avec 40 000 visiteurs par an, la demeure n'est pourtant pas une bonne affaire, car elle est aujourd'hui déficitaire. Une question de principe plus que d'argent, à la valeur symbolique inestimable.