La gaieté contagieuse des marcheurs et le spectacle automnal des érables palmés et des pins rouges compensent notre légère frustration. D’autant qu’au sommet, c’est le grand spectacle. La crête de granit évoque l’échine de quelque dragon fabuleux. Les arbres accrochés à la falaise tutoient le vide et toisent la mer de l’Est. De grandes coulées d’or et de rouge vermillon tapissent les vallées en contrebas. On n’avait pas tort de nous promettre monts et vermeil. La cascade de Daeseung, qui jaillit d’une falaise parmi les chênes et les érables, offre un décor tout aussi enchanteur dans son camaïeu de jaune. Les poètes de la période Joseon chantaient déjà la beauté du lieu.Lire aussiEn Corée du Sud, l’héritage bouddhiste se fond naturellement dans le paysage. Le temple Hwaeomsa remonte à l’an 544.© AlamyParmi les 21 parcs nationaux, celui de Jirisan, au sud, est l’un des préférés des randonneurs. Ses douze pics de plus de 1.000 mètres forment une crête de quarante kilomètres de long. L’ascension du mont Jiri (1.915 mètres), le deuxième plus haut sommet du pays, ne se fera pas pour nous: la pluie et un brouillard épais compromettent toute chance de panorama. Interprétons cela comme la volonté du sanshin. Selon la tradition chamanique, implantée ici bien avant le bouddhisme, chaque montagne a son esprit, que l’on vénère encore dans les temples. À l’ermitage de Saseongam, perché dans les hauteurs de Gurye, les pèlerins honorent le Bouddha gravé dans la falaise, mais aussi le "sanshin" local, un petit homme à la longue barbe blanche représenté assis aux côtés d’un cerf et d’un tigre.Carnet de voyageComment s’y rendre?Korean Air (www.koreanair.com) assure des vols entre Bruxelles et Séoul, via Amsterdam. À partir de 497 euros l’aller-retour.Où loger?Signiel SeoulVue panoramique et plongeante sur Séoul depuis les 235 chambres de ce grand hôtel niché dans les hauteurs de la Lotte World Tower, la 7e plus haute tour du monde (555 mètres de haut).À partir de 530 euros la nuit en chambre double, avec petit-déjeuner | www.lottehotel.comRakkojaeÀ la façon d’un "ryokan" japonais, cet ancien "hanok" (maison traditionnelle coréenne) de 140 ans séduit les visiteurs avec tout le charme de son architecture. Les neuf chambres sur pilotis encadrent une courette tout droit sortie de l’ère Joseon. Pour agrémenter le séjour, plusieurs expériences: cérémonie du thé, dégustation d’alcools coréens, gravure sur baguettes.À partir de 265 euros la nuit en chambre double, avec petit-déjeuner | www.rkj.co.krPBr7Un cocon zen en face du parc des tumulus de Gyeongju. Ce petit hôtel design de huit chambres offre un décor minimaliste et intime avec ses parquets clairs, ses bois chauds, ses sols en tatami, ses jacuzzis encastrés et ses chambres à thé. Pas de télévision: ici, on lit ou on rêve en profitant du silence.À partir de 133 euros la nuit en chambre double, avec petit-déjeuner | @pbr7_unusual_stayGeumsan Lalaland CaravanDans le Parc national de Jirisan, posées sur une pelouse entourée de forêt, sept jolies caravanes aux tons pastel pour passer une nuit au cœur du Parc national de Jirisan. Attention cependant, le confort reste simple ici: douche et sanitaires en commun. 100 à 120 euros la nuit pour deux.Où manger?BicenaMets fins et délicats à savourer au 81e étage de l’hôtel Signiel, à Séoul. Le restaurant, étoilé au Michelin depuis 2017, sert une cuisine coréenne gastronomique dans un style contemporain. À chaque saison son menu. 160 euros le dîner "Long Liberty".Yosukgung 1779À Gyeongju, cette demeure historique du XVIIIe siècle a été transformée en une table gastronomique savoureuse. Les pavillons de bois sur pilotis occupent un ravissant jardin de pins tordus. Un cadre idéal pour découvrir la cuisine traditionnelle: kimchi (chou fermenté et pimenté), doenjang (pâte de soja fermenté), sashimi de lieu jaune, pannacotta au gingembre. Thé de riz et alcool de prune agrémentent le festin. 46 euros le dîner | www.1779.krLe temple Bulguksa est l’un des temples bouddhistes les plus célèbres de Corée du Sud et figure sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.© ShutterstockDes trésors bouddhistesEn Corée du Sud, le patrimoine bouddhique s’intègre parfaitement dans le paysage montagneux. Le temple de Hwaeomsa, fondé en 544, étage ses pagodes et ses pavillons caparaçonnés d’épaisses tuiles. Au son boisé du "mokugyo", un moine solitaire récite des mantras à des bouddhas d’or. Une pie bleue vole de pin en pin. Tout autour, c’est le silence de la forêt jaunissante. Plus au nord, le temple de Haeinsa se niche dans le creux d’un cirque montagneux aux couleurs mordorées, non loin d’une rivière. "Pungsu" parfait. C’est ici qu’est conservé le Tripitaka Koreana, l’un des trésors du bouddhisme mondial.Cet ensemble de plus de 80.000 tablettes en bois du XIIIe siècle constitue une sorte d’encyclopédie bouddhique, écrite à l’origine pour protéger le pays des invasions mongoles. Savamment suspendues pour ne pas s’abîmer en se touchant, ces précieuses tablettes ont miraculeusement traversé les siècles à l’abri d’un pavillon de la dynastie Joseon, doté d’un ingénieux système d’aération et d’hygrométrie. "La technologie moderne n’a pas su faire mieux", nous assure le moine Ilhan, qui nous cornaque dans le saint des saints aux côtés de conservateurs en blouse et gants blancs.Lire aussiDes sculptures de Antony Gormley au Museum SAN, imaginé par l’architecte japonais Tadao Ando.© ShutterstockÀ l’est du pays, d’autres temples enchâssés dans la montagne renferment stupas, pagodes et pavillons. Classé à l’UNESCO, Bulguksa semble échappé du temps de la dynastie Silla, tandis que la grotte de Seokguram renferme une statue monumentale de Bouddha entourée de divinités, le regard tourné vers la mer de l’Est. Dominant les vergers de pommiers, le temple de Buseoksa abrite la structure en bois la plus ancienne et la plus pure du pays. Ses colonnes renflées seraient une influence de l’art hellénistique du Gandhara (Pakistan). Et les 108 marches en pierre symbolisent la maîtrise des 108 illusions de l’homme. Lignes de force, lignes d’histoire, lignes spirituelles se rejoignent ici, sous l’œil des monts crénelés bleus. De quoi apaiser les âmes tourmentées. "La moitié de nos retraitants souffrent de stress et d’anxiété", confie un moine, qui donne des leçons de méditation au temple de Huibangsa.La nature comme médicamentLes artistes ont su très tôt puiser l’énergie des montagnes. L’œuvre "Vue panoramique des monts Kumgang", du peintre paysagiste Jeong Seon (XVIIIe siècle), est classée trésor national. Le tableau représente la forêt de pics des "monts de diamant", situés... en Corée du Nord. Pour les admirer, il faut franchir un "check-point" et rouler jusqu’aux abords de la DMZ, la zone frontalière séparant les deux Corées. Depuis une tour d’observation à Goseong, les Sud-Coréens viennent en famille scruter à la jumelle les crêtes embrumées de cette montagne chère à leur cœur, à la fois si proche et, par la force des barbelés, si lointaine. Une jeune mère de famille se souvient y avoir randonné lors d’un voyage scolaire en hiver. "Il y avait des sources chaudes et on avait mangé des moineaux frits", dit-elle à sa fille, qui croit à un pays imaginaire."La nature, tout comme l’art, nous guérit et nous ressource", philosophe Lee Seung Hyung. Le fils du peintre Lee Sang Won dirige le musée consacré à son père, qu’il a fait bâtir dans les hauteurs isolées et boisées, vers Chuncheon. Le bâtiment, rond comme la lune qu’il symbolise, est l’un des nombreux musées privés consacrés à des artistes contemporains et bien vivants. Ici, on peut passer la nuit à l’hôtel du musée, participer à un atelier de peinture ou de céramique, se promener sur les versants de la montagne. "Passer une nuit ici change votre regard sur les œuvres exposées", assure M. Lee.Lire aussiL’entrée du Museum SAN, niché au sommet d’une colline.© ShutterstockUn peu plus au sud, le Musée SAN, signé Tadao Ando, répond de la même démarche d’art-thérapie. Perché sur une colline, le bâtiment de béton lisse s’étire entre miroirs d’eau et jardins de pierre en reprenant les codes de l’architecte japonais. Un hall de méditation aux rondeurs de coquillage invite le visiteur à vider son esprit au son du bol tibétain. L’espace James Turrell prolonge l’expérience par ses savants jeux de lumière, qui donnent l’impression d’être immergé dans la couleur. Tout autour, la forêt de Chiaksan joue, elle aussi, avec les teintes de l’automne, façon "land art".C’est dans cet environnement montagneux que Lee Jae-Hyo tire l’essence de son œuvre. Dans sa galerie à flanc de colline, cet artiste présente au public ses créations. Sphères de bois calciné et poli, disques et tunnels de galets suspendus, labyrinthes de feuilles... Des matériaux naturels qu’il collecte en montagne et dont il se veut le médium. "Je ne raconte pas mon histoire, mais celle des matériaux que je travaille. Ils ont leur propre énergie", murmure-t-il devant la baie vitrée du café. Il faudrait écrire un guide rien que sur les cafés de musées de Corée du Sud. On y boit du thé matcha sur un air de jazz, en laissant flotter son regard dehors. La nature semble parfois vouloir entrer par les grandes baies vitrées.Une dernière étape nous attend. Gyeongju fut pendant près de mille ans la capitale du royaume de Silla, qui fut le premier à unifier toute la péninsule. Au cœur de la vieille ville, de hautes buttes herbeuses ondulent. Ces montagnes miniatures abritent les tombeaux des anciens souverains et de leurs familles. Dans celui de Cheonmachong, on a retrouvé des couronnes en or décorées de griffes de jade et d’amulettes chamaniques. Il est bien sûr interdit d’escalader ces tertres funéraires. Ce sont bien les seules éminences que les Coréens acceptent de ne pas gravir...Lire plusDécouvrez la restauration d'une villa de 1912 à Malmö signée Ragnar ÖstbergUn voyage au Vietnam? 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