Serge QuoidbachRédacteur en chef adjoint23 mai 2026Aujourd'hui à 05:02Les agents IA commencent à équiper bon nombre d’entreprises, chez nous également. Une course folle est lancée, inarrêtable, qui démultiplie les capacités business et leurs opportunités de déploiement. Mais attention à la marche.Une entreprise qui fait plusieurs millions de chiffre d’affaires. Son personnel: un patron, tout seul, entouré de ses agents IA. Ceci n’est pas de la science-fiction. Ça se passe chez nous, en Belgique, sous les radars. Et, de notre tour d’horizon, un constat s’impose: la révolution est en marche et rien ne pourra l’arrêter.Car l’intelligence artificielle, ce n’est pas que ChatGPT, ni cet "Aperçu IA" qui s’affiche sur nos recherches Google. L’intelligence artificielle, c’est aussi ces agents qui permettent de mener des tâches complexes dans les entreprises: la recherche de marchés, la surveillance de la concurrence, l’amélioration d’une organisation, de son approche commerciale.Certains acteurs que nous avons interrogés font tourner leurs agents la nuit, et découvrent au petit matin, déposés sur leur bureau virtuel, des horizons économiques insoupçonnés à exploiter. De quoi donner un coup d’avance, conquérir des marchés, découvrir de nouveaux prospects. Ceux qui les utilisent ont pris le tournant de l’IA, le vrai, et en récoltent les fruits.La bonne nouvelle, c’est que la Belgique n’est pas en reste. Au contraire. De nombreuses entreprises ont déjà pris la mesure de l’extraordinaire puissance de ces outils. Au point de voir s’ouvrir des business inexplorés, désormais à portée de main grâce à ces agents venus du futur. Au point de voir aussi de petites structures – notre pays en regorge – fréquenter la cour des grands.Mais si l’utilisation de ces agents et de leurs puissants potentiels deviendra une nécessité pour survivre dans ce nouveau monde darwinien de l’IA, leur confier béatement la destinée de nos entreprises n’est pas sans danger.Prochain tournant: les robots dopés à l'IA agentiqueLes agents IA restent ce qu’ils sont: une immense boîte noire, dont même les concepteurs ne connaissent rien des complexes processus décisionnels. Un système opaque d’algorithmes auquel il serait risqué de confier aveuglément les commandes de son activité. Sans compter qu’au bout de la ligne, ce sont souvent des mastodontes non européens, singulièrement américains, qui en détiennent le produit final, et donc l’accès ou non à sa puissance de calcul.Ceci est d’autant plus vrai si on le traduit à l’échelle des "tokens", les unités de données consommées pour une tâche définie. Aujourd’hui, le budget des tokens grossit dans le bilan de ces entreprises, à tel point qu’il entre parfois en concurrence avec celui dédié au personnel humain. Si, aujourd’hui, c’est surtout la complexité des tâches, exigeant de plus en plus d’unités de données, qui participe à cette inflation de coûts, qu’en serait-il si, demain, les fournisseurs venaient brusquement à augmenter leurs prix après nous avoir convertis?Ce qui nous amène à cet autre avertissement, et il s’adresse au monde politique: la course de l’intelligence artificielle agentique met l’emploi sous pression. Pour l’heure, elle cible particulièrement les cols blancs. Une enquête du Financial Times révélait cette semaine que, pour la première fois, les Big Four de la consultance ciblent davantage les experts en IA que les auditeurs eux-mêmes. Mais le prochain tournant n’est pas loin: il visera le monde ouvrier, quand l’intelligence artificielle agentique équipera le monde des robots.Le génie est sorti de sa lampe, et qu’on le veuille ou non, il est devenu notre compagnon de vie. Tirons-en le meilleur en accompagnant sa course folle. Mais préparons-nous aussi au pire, pour ne pas trébucher.
Édito | Prendre le tournant de l’IA, sans déraper
Les agents IA commencent à équiper bon nombre d’entreprises, chez nous également. Une course folle est lancée, inarrêtable, qui démultiplie les capacités business et leurs opportunités de déploiement. Mais attention à la marche.













