Maurice Pialat sur le tournage du film Sous le soleil de Satan, en 1987 (photo by Archives du 7eme Art / Photo12 via AFP) /PHOTO12 VIA AFP/Maurice Pialat : le premier cinéaste qui a levé le poing contre le Festival de Cannes. Il venait de recevoir la Palme d’or pour Sous le soleil de Satan. Mordre la main qui te nourrit avant qu’elle ne t’étrangle, ai-je écrit un jour mais je ne sais plus dans quel journal. Pialat changeait souvent de monteur, Yann Dedet fut l’un d’eux. Il raconte ses souvenirs dans Portrait de l’artiste en sale môme (P.O.L., 18 €), titre stupide pour un livre qui ne l’est pas.Maurice était le contraire d’un môme, c’était un vieux monsieur qui avait des sautes d’humour noir. Je le revois dans son appartement du Marais. Dans le couloir, il y avait tous les Pierre Benoit qu’il avait achetés au Bazar de l’Hôtel de Ville. « C’était à un franc l’exemplaire, mais je n’aime pas beaucoup cet auteur. Prends celui que tu veux. » Je lui ai dit que je les avais déjà tous. Il m’a regardé avec cette méfiance abrupte et aimable, presque tendre, qui caractérisait nos rencontres. On devait faire un film qu’on n’a pas fait. Pourtant, j’avais écrit le scénario. C’est peut-être pour ça.Entre humour noir et délicatesseYann Dedet rappelle le goût qu’avait le réalisateur pour les cinéastes débutants, comme Patrick Grandperret ou Cyril Collard. Il leur laissait parfois le soin de tourner une scène à sa place : « Les techniciens font bien la grève, pourquoi pas moi ? » Sur l’argent, Pialat, l’un des plus gros salaires de la profession, était formel : « En avoir assez pour n’en parler jamais ». Il se moquait volontiers des intellectuels : « Moi, je lis pour m’endormir. » Il n’aimait pas Céline, « fils d’un petit boutiquier râleur comme le mien ». Il a refusé à Claude Berri de tourner Un sac de billes : « Tu veux que je réalise un scénario écrit par un coiffeur ? » Précision : Un sac de billes n’a pas été écrit par un coiffeur mais par un chauve : Claude Klotz (1932-2010).Le commentaire de Yann Dedet auquel je souscris en souvenir de la gentillesse et de la délicatesse que j’ai trouvées chez Maurice : « Il adopte les jeunes avec légèreté, de plain-pied avec eux, il est jeune, sans frontière, il est naturel. » Raccroche au téléphone avec un scénariste connu qui lui parle de « scenarii », « alors que le mot “scénario” est dans le dictionnaire ». L’irremplaçable Jacques Fieschi – dont les dialogues ont récemment sauvé l’insipide Les Rayons et les Ombres de Xavier Giannoli – a travaillé sur Police. Pialat prenait aussi des notes pour un projet autour du cinéma : « J’ai bien fait un film policier, je pourrais dégringoler encore en faisant un film sur le cinéma. » Dans ses sombres moments de découragement et de haine de soi comme artiste, il fait dire à Van Gogh-Dutronc : « La réussite vient, mais je peins de plus en plus mal. » Ajoute : « J’aurais dû faire un Seurat. » Pointilliste mort à 31 ans en 1891. Pourquoi me suis-je débarrassé de sa biographie par Perruchot ? Elle me serait bien utile pour finir cet article. Dans Le Garçu (1995), Pialat se filme en père pesant, c’est Gérard Depardieu. On aperçoit Alexia Laroche-Joubert en baby-sitter jerkeuse.