En mai 1968, la France entière est paralysée par une grève générale opposant une jeunesse antiautoritaire au pouvoir gaulliste. Par solidarité pour les manifestants, les cinéastes de la Nouvelle Vague, menés notamment par Jean-Luc Godard et François Truffaut, provoquent l’interruption du Festival de Cannes, estimant indécent de discuter de « travellings et de gros plans » alors que le pays est à un point de rupture.Déjà furieux de la tentative de destitution brutale d’Henri Langlois, fondateur de la Cinémathèque française, par le gouvernement quelques mois auparavant, les créateurs fondent en juin la Société des réalisateurs de films (renommée « Société des réalisatrices et réalisateurs de films » en 2022) afin de militer pour une totale liberté de création face à la censure et aux pressions commerciales. L’année suivante, l’association crée la Quinzaine des réalisateurs (renommée « Quinzaine des cinéastes », aussi en 2022), une section parallèle au Festival de Cannes qui, en lui faisant concurrence, a pour mission de mieux représenter les cinémas du monde et de valoriser la liberté.C’est Pierre-Henri Deleau, un cinéphile passionné, curieux et ouvert sur le monde, qui en prendra la tête jusqu’en 1998. Son flair et sa sensibilité permettront au public de découvrir les talents magistraux d’auteurs de la trempe de Werner Herzog, Chantal Akerman, Nagisa Oshima, Michael Haneke, Martin Scorsese, Ken Loach et Denys Arcand.Pour le cinéaste et directeur photo québécois Michel La Veaux, qui a notamment signé le documentaire Labrecque, une caméra pour la mémoire (2017) sur le pionnier du cinéma québécois Jean-Claude Labrecque, il était impensable qu’un film n’ait pas déjà été consacré à Pierre-Henri Deleau.