Mardi 19 mai, le cinéaste aux deux Palmes d’or s’est déplacé spécialement pour une projection en plein air de son film “Land and Freedom” sorti en 1995, et a prononcé un vibrant discours. Et aussi, nos critiques, vidéo et photo du jour. Ken Loach à la première de « Autofiction » de Pedro Almodóvar à Cannes, le 19 mai 2026. Photo Franck Castel/Abaca Par Samuel Douhaire, Marie Sauvion, Laurent Rigoulet Publié le 20 mai 2026 à 18h30 L’actu Il faut se laisser porter, s’éloigner des salles du Palais et s’aventurer sur les plages. C’est là, à la nuit tombée, que Ken Loach nous a fait vivre, mardi soir, une des belles émotions du festival. Son film de 1995, Land and Freedom, est projeté en plein air, loin, très loin de la compétition, mais le cinéaste aux deux Palmes d’or a tenu à faire l’aller-retour depuis l’Angleterre pour le présenter aux spectateurs allongés sur des transats. Il aura 90 ans au mois de juin. Frêle comme un oisillon, il se déplace lentement, péniblement, mais quand il se campe au centre de la scène porté par une immense ovation, sa force est stupéfiante. C’est lui qui se confond en remerciements pour le public français et pour le festival qui l’a invité « une dernière fois ». Et « s’il peut se permettre », il a deux ou trois choses à dire. D’abord à son « cher ami », Wim Wenders « qui dit que le cinéma devrait se situer au-dessus de la politique ». « Je ne pourrais pas être moins d’accord et je citerai Martin Luther King : “La pire chose n’est pas la violence des méchants mais le silence des gens de bien.” Et face à l’exploitation, l’oppression, la richesse insensée et la pauvreté désespérée, les guerres et leurs crimes, et, laissez-moi le nommer, le génocide à Gaza, nous ne pouvons pas rester silencieux. » Sa fièvre politique ne faiblit pas. « Les artistes sont les protecteurs de la vérité, les voix radicales de la civilisation, ce n’est pas un boulot pénible et nous continuerons de le faire au mieux. » Le vent est frais, il est 22 heures passées, Ken Loach s’assied sur un fauteuil de toile près d’un marchand de glaces de la Croisette pour regarder le film avec son public. Avant de tourner les talons, il a livré une dernière citation, celle de Gramsci : « Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître. » « Pour certains d’entre nous, il ne reste plus beaucoup de temps. Alors bon dieu, dépêchons-nous de faire advenir ce nouveau monde que nous puissions tous le connaître ! » — L.R. Les critiques du jour Notre salut, d’Emmanuel Marre (en compétition) France, septembre 1940, début de l’Occupation. Henri Marre (Swann Arlaud) débarque à Vichy, espérant s’y faire une place. Emmanuel Marre (Rien à foutre) brode une fiction aussi étonnante que réussie autour de son lointain aïeul. — M.S. En compétition. Sortie le 30 septembre. Lire la critique Cannes 2026 : “Notre salut”, le film passionnément politique d’Emmanuel Marre qu’on aimerait bien voir en haut du palmarès Once Upon a Time in Harlem, de William Greaves et David Greaves Été 1972. Le cinéaste William Greaves réunit les pointures du mouvement Harlem Renaissance pour une fête dans la maison de Duke Ellington, et filme. Douze ans après la mort du réalisateur, son film, enfin achevé, a été présenté à la Quinzaine des cinéastes. — L.R. Quinzaine des cinéastes. En attente de date de sortie. Lire la critique “Once Upon a Time in Harlem”, un doc dans l’ébullition intellectuelle afro-américaine La Troisième Nuit, de Daniel Auteuil 1942, sous le régime de Vichy. Gilbert Lesage (Antoine Reinartz) prépare l’évacuation secrète de cent huits enfants juifs du camp de Vénissieux. Ce drame émeut sans forcer sur le pathos. — S.D. Cannes Première, hors compétition. En attente de date de sortie. Lire la critique Cannes : “La Troisième Nuit” de Daniel Auteuil, un film sobre et juste sur l’Occupation La vidéo du jour : notre face-à-face critique sur Autofiction d’Almodóvar La photo du jour Maïwène Barthélémy, photographiée à Cannes le 17 mai 2026, pour son rôle dans le film « Mémoire de fille », de Judith Godrèche (Un certain regard). Photo Fanny de Gouville pour Télérama