Un autoportrait intellectuel, un éloge de la transparence, des analyses de l’antisémitisme, une critique du concept d’identité chrétienne… Retrouvez notre sélection d’essais.• La passion joyeuse de l’identitéComme Milan Kundera avant lui, Mathieu Bock-Côté a appris qu’une identité ne se défend jamais mieux que lorsqu’elle se sait menacée. Son amour de la France, de sa culture et de sa continuité s’est forgé au Québec, contre la poussée du monde anglo-saxon et du progressisme qui dissout tout ce qu’il touche. C’est le cœur du Pessimiste joyeux : moins un manifeste qu’un autoportrait intellectuel, où se dévoilent, au fil de sa conversation avec Laurent Dandrieu, l’origine de ses combats et leur nécessité. Le mérite du livre est là : rappeler que la bataille pour l’identité n’a rien d’une posture. Elle relève d’un instinct de survie. Bock-Côté y propose moins une doctrine qu’un style : lucide sur la fragilité des civilisations, assez vivant pour ne rien céder à ceux qui les défont. Charles Sapin« Le Pessimiste joyeux », de Mathieu Bock-Côté et Laurent Dandrieu (Fayard, 264 p., 21,90 €).• L’élection ne suffit pasÀ l’heure où les procès de Nicolas Sarkozy et du RN rappellent que la vie politique se joue aussi au prétoire, Éric Buge montre que cette judiciarisation apparente de la démocratie s’inscrit en réalité dans une histoire beaucoup plus longue. Dans L’Éclipse de la vertu, essai dense et stimulant, il défend une thèse simple : l’exigence d’exemplarité n’a rien d’une lubie contemporaine. Elle est au cœur même de l’idée démocratique. La vraie anomalie fut plutôt, selon l’auteur, la longue parenthèse ouverte par la Révolution française, quand l’indépendance des élus et la sacralisation du mandat ont peu à peu relégué leur contrôle au second plan. En retraçant ce basculement, d’Athènes à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique au sein de laquelle il a œuvré, Éric Buge montre que la transparence n’est pas un caprice moral de notre temps, mais le retour d’une vieille exigence politique. Façon de rappeler qu’en démocratie, l’élection ne suffit jamais à absoudre ceux qui gouvernent. C. S.« L’Éclipse de la vertu », d’Éric Buge (Seuil, 444 p., 24,50 €).• L’antisémitisme analyséIl est, selon Hannah Arendt, « une insulte au bon sens ». Mais pas seulement… L’antisémitisme est protéiforme, ancien et moderne, religieux et politique. Dans un livre collectif au titre kantien, Critique de la déraison antisémite, trente auteurs (parmi lesquels Michel Onfray, Pascal Bruckner, Robert Redeker, Pierre-André Taguieff…) expriment un regard singulier sur cet « enjeu de civilisation ». Rachel Binhas, journaliste, revient sur les réactions post-7 Octobre des « imbéciles de l’antisionisme » et sur l’incapacité d’élus LFI à qualifier cet acte de terroriste. Bruckner analyse le « palestinisme », qui est plus une judéophobie qu’un humanisme. Le linguiste Jean Szlamowicz répond à Delphine Horvilleur, « professionnelle de la vertu », qui accuse Israël « au nom de l’amour qu’elle lui porte ». Taguieff fait du (bon) Taguieff en décortiquant les ressorts de l’antisionisme radical, dont le « discours est de facture démonologique et qui fonctionne comme une religion séculière ». Quant à Renée Fregosi, philosophe, elle revient sur cette haine qui se propage dans le Sud global, relayée par des institutions internationales. Saïd Mahrane« Critique de la déraison antisémite », recueil dirigé par Daniel Salvatore Schiffer (Éditions Intervalles, 309 p., 20 €).• Le feu de l’ÉvangileAu diable, les tièdes ! Face aux thuriféraires de « l’identité chrétienne », le père Benoist de Sinety prend un coup de sang. Ce prêtre à la plume de feu a été à bonne école : il fut, de 2003 à 2005, le secrétaire du cardinal archevêque de Paris, Jean-Marie Lustiger. À Paris, il a souvent été préposé à la célébration des funérailles de personnalités. Aujourd’hui, il officie comme curé de paroisse, à Lille, et se bat pour les migrants, dans la ligne du pape François. De cette vigie, il s’alarme du repli identitaire de nombre de jeunes en quête d’ancrage, de sens et de sacré, attirés par la messe en latin et les rassemblements « tradi ». Sinety les invite à retrouver le cœur de l’Évangile : le message du Christ. Et à ne pas se laisser berner par des politiques qui l’instrumentalisent et le dévoient. À l’instar de Donald Trump, qui s’affiche en prière avec des pasteurs dans le Bureau ovale. Ou, en France, d’un Éric Zemmour, en qui le prêtre – profondément choqué par son opus La messe n’est pas dite (Fayard) – voit « un pyromane qui allume des feux partout où il passe ». Jérôme Cordelier« La Cause du Christ. L’Évangile contre “l’identité chrétienne” », de Benoist de Sinety (Grasset, 160 p., 16 €).
La petite bibliothèque du Postillon
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