Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Livres Livres Livres Romans francophones Romans francophones Romans francophones L’écrivain fouille la conscience de l’artiste, incertain de sa conduite sous l’Occupation Article réservé aux abonnés « L’Automne d’André Derain », de Michel Bernard, Les Belles Lettres, 180 p., 21,50 €, numérique 17 €. « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » Dans la comédie de Molière, le rusé Scapin, qui vient de faire croire à Géronte que son fils, Léandre, a été enlevé par les Barbaresques, lui répond : « Il ne songeait pas à ce qui est arrivé. » Le 30 octobre 1941, André Derain (1880-1954) embarque à bord d’un train à destination de l’Allemagne pour un voyage de deux semaines organisé par les forces d’occupation. Il n’est pas le seul. Avec lui, une dizaine d’autres éminents représentants de l’art français y participent (Maurice de Vlaminck, Kees van Dongen, Paul Landowski…). Au programme, des visites de musées et d’ateliers, surtout celui d’Arno Breker, devenu l’artiste officiel du régime nazi. Tous ou presque le connaissent. Il a été un de ces « montparnos » de l’entre-deux-guerres. Admirateur de Maillol, proche de Cocteau, de Foujita, de Brancusi, il a partagé un atelier avec Calder. Et puis il a épousé Demetra Messala, ce modèle qu’ils appelaient « Mimina » à l’époque. Un confrère. Avec Otto Abetz, l’ambassadeur allemand à Paris, il est à l’initiative de cette excursion culturelle. Si certains participants sont partie prenante de l’affaire (ils sont membres du Groupe Collaboration, qui rassemble des intellectuels favorables à l’occupant), la plupart se raccrochent à la promesse des Allemands de libérer, en contrepartie, des prisonniers de guerre. Derain est de ceux-là. Michel Bernard pose la touche sombre, la touche grise, dans l’éclatant tableau de la vie du pionnier du fauvisme. L’Automne d’André Derain est la chronique d’un temps qui se défeuille. Le peintre a 61 ans. Il est célèbre, reconnu, il travaille, mais sa vitalité, son énergie, son appétit, sont plutôt derrière lui. D’une certaine manière, il fait comme si, il fait semblant. Et Michel Bernard de traduire cet état en nous invitant à regarder Arlequin et Pierrot (vers 1924). Les personnages de la commedia dell’arte y sont représentés dans des postures figées, ils affichent des visages sinistres et grattent des instruments sans cordes au milieu d’un décor désolé. Le signe d’un étrange désenchantement. La faute à la Grande Guerre peut-être. Derain s’y est engagé pleinement. Artilleur. Avec ce sentiment abrupt de faire ce qu’il devait. Il en est revenu. Ça n’a pas été la der des ders. Il vous reste 35.28% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
« L’Automne d’André Derain », de Michel Bernard, revient sur le peintre fondateur du fauvisme, qui fut accusé de collaboration à la Libération
L’écrivain fouille la conscience de l’artiste, incertain de sa conduite sous l’Occupation








