À moins d’un « virage draconien » pour régler l’« insoutenable » déficit d’entretien des infrastructures municipales, les villes foncent droit vers un mur — et si le monde municipal veut l’éviter, il devra éviter la « trappe de l’inflation » et augmenter les taxes foncières au-delà de la hausse du coût de la vie.Ces conclusions, exposées dans un rapport sur la fiscalité et les finances municipales signé par les anciens ministres des Finances Monique Jérôme-Forget et Nicolas Marceau, n’ont rien de réjouissant, de l’aveu des deux signataires.« On n’est pas en train de vous dire que les Canadiens ont gagné la coupe cette année, a résumé l’ancien argentier de Pauline Marois. On est en train de vous dire qu’il y a un problème à régler. »

Le document, présenté jeudi en marge des assises de l’Union des municipalités du Québec, tire la sonnette d’alarme. Le modèle fiscal actuel n’est plus viable à cause d’un déficit d’entretien des infrastructures déjà chiffré à 50 milliards de dollars en 2025 et qui est à risque de gonfler à 94 milliards d’ici dix ans si rien n’infléchit la tendance actuelle.« Il est là, le mur, a scandé l’ancienne présidente du Conseil du trésor sur un ton grave. Il faut faire un virage, ça s’impose, parce que nos enfants n’auront plus d’eau. »La solution, avertit l’ancienne ministre de Jean Charest, risque toutefois de se révéler douloureuse sur le portefeuille de la population. Le rapport formule 21 recommandations, dont certaines préconisent une plus grande sollicitation des contribuables.Accroître la taxation de l’eau ou encourager des hausses de taxes qui vont au-delà de l’inflation constituent autant d’outils dont les municipalités, sous pression financière et dépendante des taxes foncières, peuvent difficilement se passer dans la situation actuelle.« Nous devons faire face à nos responsabilités, a insisté l’ancienne ministre libérale. Cela va vous coûter plus en tant que citoyen, mais nous avons le devoir de laisser à nos enfants une situation qui est différente. »