« Disons qu’on ne navigue pas à l’aveugle, mais on est dans du bon brouillard. » L’Association des ingénieurs municipaux du Québec (AIMQ) déplore les données lacunaires pour quantifier le déficit du maintien des infrastructures publiques. Un portrait incomplet qui, selon les experts consultés par Le Devoir, pourrait compromettre l’allocation des fonds publics vers les infrastructures qui en ont le plus besoin.La facture réelle du déficit du maintien d’actifs — chiffré à près de 50 milliards de dollars — pourrait être plus élevée, soutient Réjean Vigneault, président de l’AIMQ.« Tout dépend de la fréquence des inspections, mais on a parfois des surprises, donc ça semble indiquer qu’il y a une sous-représentation des besoins », explique Danielle Pilette, professeure au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’UQAM.Le manque de données est particulièrement notable pour les réseaux souterrains, plus difficiles à inspecter. 75 % de ces réseaux d’eau sont d’ailleurs évalués sur la base d’évaluations théoriques plutôt qu’à partir d’inspections physiques, révèlent des données publiées l’année dernière par le Centre d’expertise et de recherche en infrastructures urbaines.Or, les infrastructures d’eau, vieillissantes et sous-financées, doivent figurer parmi les priorités d’entretien, estime Danielle Pilette. « C’est très important qu’on ne construise pas aujourd’hui des équipements qui vont être beaucoup moins utiles dans quelques années », insiste-t-elle. Un financement fragmenté« On finance selon les opportunités disponibles, soit les programmes de subvention, plutôt que selon l’état des actifs, donc les besoins réels », explique Réjean Vigneault.Devant cette complexité dans l’octroi des fonds publics, Danielle Pilette propose d’harmoniser les programmes existants. « Québec a une multiplicité de programmes de financement qui perdent en efficacité avec le temps », estime la professeure.
Le déficit du maintien des infrastructures reste sous-documenté
Le manque de données sur l’état des actifs nuit à l’octroi de financement arrimé aux besoins, préviennent des experts.






