Le milieu culturel québécois accueille avec un mélange d’enthousiasme et d’inquiétude le projet de banque de données gouvernementales et culturelles en français et langues autochtones piloté par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Présentée comme un levier pour mieux positionner la réalité québécoise dans le monde de l’intelligence artificielle (IA), l’initiative entame une nouvelle phase avec le soutien du ministère de la Culture et des Communications.« Pour l’instant, qu’on le veuille ou pas, toutes nos données sont balayées par des robots de partout dans le monde », fait remarquer Marilyn Carnier, directrice générale du Centre des auteurs dramatiques (CEAD), qui voit l’impulsion du projet d’un bon œil. « C’est déjà un pas en avant que le provincial fait et que le fédéral ne fait pas. »« Je pense qu’on a intérêt à ce qu’il y ait des pilotes institutionnels, parce que, nous-mêmes, on se pose la question », soulève-t-elle. « On a l’occasion de voir ce que pourrait être une IA souveraine, sans prérogative commerciale, avec un cadre de gouvernance et un code d’éthique », note Mme Carnier, soulignant le rôle que peuvent jouer les institutions publiques dans un tel travail d’exploration.Reste que des interrogations demeurent. « Notre question, c’est vraiment : d’une perspective pratico-pratique, est-ce qu’ils ont une idée claire de l’ampleur de la machine et de ce que ça va impliquer ? » se questionne de son côté Arezki Raab, directeur général adjoint de Copibec. Comme lui, des acteurs interrogés craignent que la logistique que nécessite un tel projet, qui risque de s’avérer particulièrement complexe, soit sous-estimée.Droit d’auteur et transparenceLe détail des opérations reste à préciser, notamment en ce qui concerne le droit d’auteur. Comment procédera-t-on pour obtenir les autorisations des ayants droit ? Pourra-t-on s’assurer de leur totale compréhension des défis relatifs à l’IA, une technologie nouvelle et encore en évolution ? Comment s’établira une juste rémunération pour l’utilisation des données ? « On n’est pas rendus à savoir exactement à savoir comment on va s’y prendre ; il va falloir faire des projets pilotes », reconnaît d’ailleurs Valérie D’Amour, directrice des centres d’archives régionaux à BAnQ et superviseuse de l’étude de faisabilité du projet.