Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Extrême droite Extrême droite Extrême droite Tribune Benoît Heilbrunn Professeur de marketing Dans une tribune au « Monde », le professeur de marketing estime que la puissance des discours de l’extrême droite réside dans l’efficacité des formes qu’elle impose, quand les démocrates, eux, privilégient le fond des sujets. Publié le 13 mai 2026 à 11h00, modifié le 13 mai 2026 à 11h45 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés Si la démocratie libérale a gardé le culte du contenu, elle a perdu la bataille du contenant. Elle continue de croire qu’une idée juste dispose d’une motricité propre et qu’il suffirait de l’énoncer clairement pour qu’elle fasse son chemin. Dans la vie publique, pourtant, une idée ne circule jamais seule : elle voyage dans des appareils, des rythmes et des images. Elle a besoin d’un véhicule, d’un décor, d’une syntaxe d’accueil. L’erreur des démocrates n’est donc pas d’avoir perdu le goût de convaincre, mais d’avoir perdu le sens des médiations. Ils s’imaginent encore que la vérité se propage d’elle-même. Or, une idée sans organe de transmission est une idée sans effet, et une indignation sans relais ne produit au mieux qu’une satisfaction morale de salon. On sait, depuis les travaux du publicitaire et grand penseur de la propagande politique Edward Bernays [1891-1995], que l’opinion n’est pas une source claire jaillissant spontanément du corps social. Elle est un montage qui s’appuie sur un effet de cadrage. Le public vit dans un monde déjà découpé, hiérarchisé, simplifié, rendu supportable par des images, des récits, des stéréotypes, des formules qui font tenir ensemble ce qui, sans elles, demeurerait informe. L’écrivain et politiste américain Walter Lippmann [1889-1974] l’avait compris : les hommes réagissent moins au monde qu’aux images qu’ils s’en font. Dès lors, gouverner les sociétés de masse, ce n’est pas seulement administrer des intérêts ou produire des arguments. C’est fabriquer les conditions mêmes de la perception collective. Ce n’est pas seulement parler à des citoyens, mais organiser l’horizon à l’intérieur duquel ils verront, nommeront, jugeront. Installer un lexique, un tempo Comme l’a montré le philosophe et sociologue Jacques Ellul [1912-1994], la propagande n’est pas seulement une parole que le pouvoir adresserait aux foules pour les séduire. Elle est le milieu même dans lequel les sociétés modernes respirent. Bref, une atmosphère. Elle n’arrive pas après coup pour déformer une conscience intacte ; elle travaille d’emblée les réflexes, les attentes, les sensibilités, les évidences disponibles. Il vous reste 66.53% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Benoît Heilbrunn, enseignant à l’ESCP Business School : « La force de l’extrême droite est de transformer un ressentiment en ambiance générale »
TRIBUNE. Dans une tribune au « Monde », le professeur de marketing estime que la puissance des discours de l’extrême droite réside dans l’efficacité des formes qu’elle impose, quand les démocrates, eux, privilégient le fond des sujets.







