Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Économie Économie Économie La chronique de Thomas Piketty La chronique de Thomas Piketty La chronique de Thomas Piketty Chronique Thomas Piketty Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Ecole d’économie de Paris L’opposition entre la droite trumpiste, marchande et nationaliste, et la gauche libérale des démocrates est en grande partie factice, juge l’économiste Thomas Piketty dans sa chronique. Elle permet aux élites de ces deux camps d’asseoir leur domination sur les classes laborieuses, et empêche toute véritable alternance populaire. Publié aujourd’hui à 10h00, modifié à 10h58 Temps de Lecture 3 min. Read in English Article réservé aux abonnés Dans les sociétés trifonctionnelles traditionnelles, la fougue des guerriers est tempérée par les sages conseils des brahmanes. Cette alliance entre les deux classes dirigeantes, les guerriers et les intellectuels, est supposée apporter l’équilibre dans la force et favoriser une société harmonieuse. Les élites naturelles peuvent ainsi encadrer efficacement la classe laborieuse, en lui donnant à la fois de l’ordre et du sens, et en se partageant prestige et avantages. Guerriers, prêtres, travailleurs : l’anthropologue Georges Dumézil crut déceler là le point commun décisif des civilisations indo-européennes. En réalité, cette structure est beaucoup plus générale, et, surtout, elle s’apparente toujours davantage à un discours normatif qu’à une réalité immuable. Ce discours est généralement formulé par les prêtres, brahmanes dans le Manusmriti des hindous (IIe siècle avant notre ère) ou évêques dans l’Europe chrétienne de l’an 1000. Il vise avant tout à discipliner les guerriers et à leur imposer un minimum de respect pour le vaste savoir et la culture écrite des intellectuels, ce qui visiblement n’a rien d’évident. Mais il est aussi parfois repris par les guerriers, qui y voient alors un outil utile pour les aider à maintenir l’ordre et à obtenir le consentement des dominés. L’histoire semble aujourd’hui rejouer cette mauvaise partition de la compétition entre élites. D’un côté, une droite marchande, guerrière, nationaliste et qui aime se présenter comme anti-intellectuelle, incarnée aux Etats-Unis par Donald Trump et les républicains. De l’autre, une gauche brahmane, diplômée, libérale et internationaliste, incarnée outre-Atlantique par les démocrates. De même qu’à l’âge trifonctionnel, cette opposition entre droite marchande et gauche brahmane est en grande partie factice. Elle permet aux élites nationalistes et libérales de se partager le pouvoir et d’asseoir leur domination sur les classes laborieuses, tout en empêchant une véritable alternance populaire. Il vous reste 66.13% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.