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amais, depuis deux générations, une époque n’a fourni simultanément autant de motifs de colère et de crainte que la nôtre. Entre l’état du monde et celui de la société, entre les guerres et les injustices sociales, entre la folie de certains dirigeants, l’impuissance des politiques, l’essor de nationalismes, le défaitisme climatique et la panne d’idées constructives, une liste des raisons de s’indigner pourrait abreuver la totalité de cette chronique. Si l’impression d’avoir atteint un sommet en la matière peut prévaloir, la montée de la « colère » comme thème de débat politique et angle de traitement médiatique s’est étalée sur deux décennies, comme en témoigne, par exemple, l’augmentation spectaculaire de l’occurrence de ce mot dans les titres du Monde.
Voici quinze ans déjà, le regretté Stéphane Hessel, ancien résistant et déporté, déclenchait l’enthousiasme avec sa brochure Indignez-vous !, qui appelait à refuser la xénophobie, le grignotage des droits sociaux et la « dictature » des marchés financiers. En 2017, les « insoumis » de Jean-Luc Mélenchon se donnaient le mot d’ordre d’« aller chercher la colère des gens ». Vecteur de changements sociaux depuis la nuit des temps, l’indignation peut être mise au service du progrès.






