Bruno RaveschotResponsable du service Investir10 septembre 2026Aujourd'hui à 05:02Après la nouvelle hausse de taux attendue ce jeudi, la Banque centrale européenne n'aura plus d'autre choix que de tirer à balles réelles si elle entend encore resserrer sa politique monétaire. Sa lutte contre l'inflation pourrait ainsi plomber la croissance pour de bon.C'est dans un contexte tendu que la Banque centrale européenne (BCE) doit annoncer sa décision de politique monétaire ce jeudi à l'issue de son conseil de gouverneurs. Avec un baril de pétrole qui vient de repasser le cap très symbolique des 100 dollars, le spectre de l'inflation fait à nouveau trembler les marchés. Il pousse les rendements obligataires vers de nouveaux sommets, comme le taux belge à dix ans, désormais à plus de 4%, et pèse de tout son poids sur les indices boursiers, qui commencent aussi à accuser le coup.Contrainte à agir pour rassurer, la BCE devrait très probablement annoncer une nouvelle hausse de ses taux directeurs, comme s'y attendent à la quasi-unanimité les économistes et investisseurs. Mais l'attention sera davantage focalisée sur la suite, pour laquelle une divergence se creuse entre ces derniers, les premiers tablant en général sur la fin de ce cycle de resserrement monétaire, quand les deuxièmes prévoient d'autres hausses de taux à venir. Les indications que la présidente Christine Lagarde pourrait donner à cet égard seront donc particulièrement scrutées.Politique monétaire restrictiveC'est que l'enjeu n'est pas mince. Car la hausse de taux attendue ce jeudi porterait le taux de dépôt de l'institution au seuil dit "neutre" de 2,5%, soit le dernier palier avant que sa politique monétaire ne soit réellement qualifiée de restrictive. De nouvelles hausses de taux pourraient ainsi commencer à peser lourdement sur la croissance économique, qui semble montrer des signes de fragile reprise. En d'autres mots, la BCE commencera vraiment à tirer à balles réelles, au risque de tuer dans l'œuf cette croissance plutôt résistante jusqu'ici face aux pressions inflationnistes.Qui plus est, l'institution sait très bien que la remontée de ses taux n'a aucun effet sur la hausse des prix du pétrole et du gaz, qui échappent totalement à son contrôle. Elle entend plutôt agir de la sorte pour contrer leur transmission à travers l'économie, via ce qu'on appelle les "effets de second tour". Mais, pour l'heure, ceux-ci tardent à se manifester dans les chiffres d'une inflation presque exclusivement alimentée par la composante énergétique.Reste aussi à voir comment réagiraient les marchés face à la perspective d'une fin de ce cycle de resserrement monétaire. Tout porte à croire qu'un message trop clair en ce sens pèserait sur l'euro, ce qui rendrait d'autant plus onéreux des prix de l'énergie libellés en dollars et renforcerait donc encore leur impact sur l'inflation. Christine Lagarde devra donc faire preuve d'agilité et rester évasive dans ses propos, bien consciente que la BCE pourrait épuiser demain sa dernière balle à blanc.
Édito | Une dernière balle à blanc pour la BCE face à l'inflation
Après la nouvelle hausse de taux attendue ce jeudi, la Banque centrale européenne n'aura plus d'autre choix que de tirer à balles réelles si elle entend encore resserrer sa politique monétaire. Sa lutte contre l'inflation pourrait ainsi plomber la croissance pour de bon.








